#175

Vu hier soir un chouette téléfilm: Murder Rooms. Pilote d’une série actuelle de la BBC, qui met en scène la jeunesse d’Arthur Conan Doyle & son partenariat avec le professeur Joseph Bell — plus tard inspiration première du personnage de Sherlock Holmes. Ça se déroule en 1878 à Edimbourg, autour d’une série de morts mystérieuses que la police néglige. Le personnage du professeur Bell est joué avec une réjouissante maestria par Ian Richardson (qui avait déjà joué Holmes, dans un téléfilm des années 80 que je n’ai pas encore vu), il a bien des traits d’Holmes avec une personnalité différente, de vieux prof excentrique & génial.

La photo est soignée, le scénar bien fichu: un excellent film holmésien. J’attend avec impatience de récupérer le début de la série — pas diffusée en France, hélas.

Amusant comme le moindre personnage secondaire de la saga de Sherlock Holmes prend de l’importance dans les différents pastiches qui sont réalisés: il y a des romans sur les enquêtes de Mycroft Holmes (le grand frère), sur celles de l’inspecteur Lestrade (une série de comédies à la Wodehouse très marrantes, franchement décalées, où Holmes est en fait un crétin fini), d’Irène Adler (notamment les excellents romans de Carol Nelson Douglas), de Mrs Hudson (alors ça en revanche c’est effroyablement mauvais & ridicule!)… La française Béatrice Nicodème a même publié plusieurs très chouettes petits polars pour la jeunesse, mettant en scène l’un des Baker Street Irregulars. Et bien entendu, Doyle lui-même est appelé à mener l’enquête dans diverses oeuvres…

Mais le plus curieux dans toutes ses incarnations du mythe d’Holmes, c’est sans doute que l’on « récupère » le vénérable Professeur Bell, dans la réalité un simple prof de médecine de l’université d’Edimbourg, pour en faire le real life Sherlock Holmes!

Joann Sfar a commencé chez Delcourt une série de bédé sur le personnage — dont Hervé Tanquerelle va prochainement reprendre le dessin, ouf: je n’avais pas aimé le deuxième tome, et Sfar lui-même a reconnu récemment qu’il ne parvenait pas à « traiter » correctement le dessin nécessaire à une telle ambiance. Avec Tanquerelle ce devrait être bien.

Et maintenant Murder Rooms… Décidément, ma Holmes-mania n’est pas prête à s’éteindre faute de « nourriture »!

Tiens, à propos, ai-je dit ici que j’avais lu un recueil des enquêtes de Solar Pons, par Basil Cooper? Solar Pons est une copie de Holmes réalisée à l’origine par August Derleth — je n’ai jamais eu l’occasion de lire les Derleth (apparemment pas disponibles), mais ai lu l’autre jour à Londres le premier recueil de son repreneur, Cooper. Et… ce n’est pas formidable! De la pâle copie. Bon, il est amusant de faire la connaissance d’un contemporain d’Holmes qui singe tout de lui (si ce n’est qu’il loge sur Praer Street, donc près de la gare de Paddington, plutôt qu’à Baker Street), mais c’est vraiment du Holmes au petit pied: les enquêtes sont assez routinières, sans envergure, et finalement assez prévisibles pour l’amateur d’Holmes. Ne parvient pas qui veut à faire un pastiche d’Holmes vraiment réussit! Il y a une alchimie délicate & subtile, pour parvenir à transcender de simples enquêtes… Et un autre point d’achoppement est le rôle de Watson: en faire un abruti ne fonctionne pas, selon moi… C’est aussi ce qui m’agace dans les films avec Basil Rathbone, par exemple: son pauvre Watson (Nigel Bruce) est vraiment trop lourdingue…

#174

Pas drôle: Chuck Jones est mort.

Il avait 90 ans, et avait animé autrefois quelques-uns des plus grands cartoons de la Warner — il est célèbre en particulier pour avoir créé les géniaux/toujours hilarants Beep Beep & le Coyote, chefs d’oeuvres d’humour speed & absurde.

#172

Trois citations en écho.

Illustratives de ce qui est sans doute ma bien maigre « foi »…

« Chaque substance simple a des rapports qui exprime toutes les autres (…), elle est par conséquent un miroir perpétuel de l’univers. (…) Parce que Dieu en réglant le tout a eu égard à chaque partie, et particulièrement à chaque monade, dont la nature étant représentative, rien ne la saurait borner à ne représenter qu’une partie des choses. » (Leibniz, in La Monadologie, propositions 56 & 60)

« Car nous sommes de minuscules créatures dans un univers ni bienveillant ni malveillant… Il est simplement énorme et n’a pas conscience de nous, sauf en tant que maillon de la chaîne de la vie. » (Harlan Ellison)

« We are all born as molecules in the heart of a billion stars; molecules that do not understand politics or policies or differences. Over a billion years, we foolish molecules forget who we are, and where we came from. In desperate acts of ego we give ourselves names, fight over lines on maps, and pretend our light is better than everyone else’s. The flame reminds us of the piece of those stars that lives on inside us, the spark that tells us, ‘you know better’. » (J. Michael Straczinsky, in Babylon 5, épisode « all alone in the night »)

#171

Repéré par mon oncle Jean, un webzine d’architecture génial & passionnant: ARCspace.com. Je sens que je vais passer un certain temps à l’explorer…

Mais déjà, allez donc voir la page consacrée au projet Blur Building, c’est littéralement extraordinaire… Il va s’agir d’un nuage habitable! Une plateforme suspendue au-dessus des eaux du lac de Neuchatel, reliée au rivage par une longue rampe piétonne & camouflée par un gigantesque nuage de brouillard artificiellement entretenu par la pulsion de 13,000 diffuseurs de brume. Le tout sera situé, tenez-vous bien: face à Yverdon-les-bains — une petite ville que connaissent bien les amateurs de littérature de SF, puisque s’y trouve la Maison d’Ailleurs (le « Musée de la science-fiction, des utopies & des voyages extraordinaires »). Ce projet du cabinet Diller & Scofidio est réalisé pour la Swiss Expo 2002. Sidérant!