#222

Je tenais hier un stand au Salon du Livre Jeunesse de Villeurbanne. L’occasion de faire un tout petit peu connaissance des dessinateurs invités sur mon stand — ah, Hervé Tanquerelle! Tant de talent & de beauté en un seul mec, comment est-ce seulement possible?

L’occasion aussi, profitant d’un début de matinée encore calme, de fureter un peu sur les autres stands — j’aime beaucoup les grands albums illustrés pour la jeunesse, je l’ai déjà dit dans un article sur le sujet, dans un numéro de Faeries… Il y a un double plaisir de lecture, pour le texte & pour les illustrations, un rapport entre les deux qui est unique, très différent tant de la bédé que du roman. Et l’amateur de graphismes est à la fête. Sans parler du fait que beaucoup d’albums tendent vers le merveilleux, ce qui ne peut qu’également me séduire, bien entendu.

J’ai donc « craqué », ai enrichi ma petite collec de Plus tard par Gaëtan Dorémus (aux éditions du Rouergue), aux jolies illus faussement naïves, au trait frêle, à la perspective totalement aplatie, et aux couleurs décalées — une esthétique très « fifties »…

De Le chant des génies par Emre Ohrun, sur un texte de Nacer Khémir (chez Actes Sud Junior): un conte dé fée à la manière arabe, joliment troussé & illustré par des manières de gravures, sombres & impressionnantes…

Et de Ami-ami par Stéphane Girel, sur un texte de Rascal (chez Pastel): le plus traditionnel des trois, somme toute, une fable amusante sur l’amitié & l’égoïsme — traité en grandes planches de peinture à la « matière » apparente & à la simplicité humoristique…

Le tout avec en prime de chouettes dédicaces… Mon copain Philippe-Henri Turin venait aussi de sortir une belle nouveauté à l’École des Loisirs, et j’ai hésité devant quelques François Roca & Fred Bernard (quel talent! C’est renversant!), ainsi que devant un Isabelle Chatelard (mais elle n’était pas là) — mais optai finalement pour un peu de raison, mon porte-monnaie n’étant pas d’accord…

De quoi ne pas penser, durant cinq minutes, à la situation politique?! 🙁

Quoique sans jamais oublier qu’il faut voter pour Chirac dimanche prochain.

#221

Nous rêvons d’autres passés, nous avons imaginé 1000 futurs. Aujourd’hui nous avons peur de l’avenir. Les auteurs de Science Fiction, et ceux qui les lisent, s’élèvent ensemble contre l’option annoncée de l’Extrême Droite et du Fascisme en France.

Ouverture le 22 avril 2002 de Auteurs Sans Fascisme, pétition littéraire sous forme de poèmes, nouvelles, fables, peintures, logos, et billets d’humeur par ceux qui font encore pour quelque temps l’imaginaire… avant que la réalité ne les rende obsolètes. Ensemble contre le Front National et la peur, à visages découverts.

Initiative accueillie et soutenue par Oxymore, éditeur engagé.

Avec les artistes signataires :

Léa Silhol, Lionel Belmon, Jess Kaan, Alain Pozzuoli, Fabrice Colin, Léo Henry, Claude Mammier, Denis Labbé, Jérôme Tzakiri, Serena Gentilhomme, Natacha Giordano, David Calvo, Nathalie Dau, Sylvie Miller, Alexandre Malagoli, Fabrice Linnsky, Patrick Marcel, Sire Cédric, René Beaulieu, Claire Panier-Alix, Alexandre Mauméjean, Jean Millemann… et bien d’autres… et ceux qui les rejoignent tous les jours…

#220

Chacun ses manifs: Léa Silhol des éditions de l’Oxymore a mis sur pied le site web Auteurs Sans fascisme, où l’on lira diverses contributions d’écrivains empoignant le sujet brûlant. Je n’ai pas ce talent, mais ai lu avec… bon, « plaisir » n’est pas le terme adéquat, et « intérêt » me semble trop faible, bref, j’ai… lu, notamment, les contributions de Fabrice Colin & de David Calvo, toujours aussi doués.

#218

J’ai enfin reçu Étoiles Vives n°9 — le dernier volume d’une petite anthologie périodique, que je dirigeais depuis son 7e tome. Et le premier dont j’avais véritablement sélectionné, seul, la totalité du contenu.

Hélas, l’éditeur (ou plutôt: le nouvel éditeur, puisque la boîte a été reprise en main) a décidé de mettre un terme à cette antho. Dommage. Ça m’attriste: j’aimais beaucoup m’occuper de ce support-là, & je demeure persuadé qu’il était fort utile au sein du milieu éditorial SF&F français. J’en veux pour preuve le nombre effarant de nouvelles que j’avais accepté pour le défunt projet d’Escales 2002 (kill Vivendi die die die) & pour la suite des Étoiles Vives (car le volume 10 était déjà bouclé!), qui n’ont toujours pas trouvés preneurs ailleurs… les débouchés pour les nouvelles ne sont pas si nombreux que ça, & en particulier les débouchés pour de la science-fiction, en fin de compte.

Anybody out there pour (me) financer le lancement d’un autre support?!? :-S

Well, sinon j’ai aussi reçu le nouveau Bifrost, une petite revue que j’aime vraiment bien & qui propose notamment cette fois deux pavés passionnants: un long entretien avec le dirlit & traducteur Jacques Chambon (des souvenirs à la fois touchants & pertinents pour l’amateur de littératures de l’imaginaire), & un copieux article de réflexion par Francis Berthelot sur la notion de « genre » littéraire, sur la bipolarité littérature savante/littérature profane, & sur le rejet mutuel des littératures réalistes & de l’imaginaire. Une approche forcément (trop) shématique, vu la place qui lui est impartie, mais c’est le brouillon d’une réflexion plus large, encore trop peu menée jusqu’à présent — en fait, c’est même l’esquisse d’un essai que Berthelot écrira peut-être un de ces jours pour la collection « Folio-SF ». Deux essais (dans la lignée de la série qui a vu sortir mon propre Cartographie du merveilleux & verra paraître le mois prochain le guide de Patrick Marcel sur les fantastiques) sont envisagés depuis un moment sur ces questions-là, l’un par Berthelot donc, qui scruterait la littérature françaises depuis ses origines, & un autre par moi-même, plutôt axé sur la littérature anglo-saxonne récente pratiquant la « fusion » des genres. J’espère que ça pourra se faire un jour…

Anyway, cette étude & cet entretien font du 26e Bifrost une lecture intelligente & nécessaire. AMHA.