#120

Tiens, une expression que je ne connaissais pas: « comfort books » — Terri Windling en parle dans ses conseils de lectures du numéro de décembre/janvier du Endicott Studio, et Neil Gaiman en parle justement lui aussi, en rapport avec une série de petits articles sur le sujet, pondus par divers écrivains pour le Washington Post.

Bref: ainsi les anglophones nomment-ils, apparemment, ces bouquins que l’on adore & auxquels on revient régulièrement, et/ou que l’on lit lorsque l’on recherche un certain confort tranquille, une certaine sérénité de lecture — des sortes de « pantoufles culturelles », ai-je coutume de dire… 🙂

Et pour vous, que sont des « lectures pantoufles »? Pour moi, selon les époques, ce furent Le Seigneur des Anneaux (pas relu depuis longtemps, trop longtemps), toutes les enquêtes de l’Homme aux orchidées de Rex Stout (j’y reviens encore souvent), les romans ô combien lyriques & romantiques d’Elizabeth Goudge (hum, toujours pas lu ceux que j’ai acheté cette année, en anglais), les hilarantes aventures de Jeeves par P.G. Wodehouse…

Brrr, qu’ils sont tristes & respectables, la plupart des intervenants du Washington Post! Pas Neil Gaiman, of course (qui évoque un Zelazny et l’étrange recueil d’entretiens victoriens London Labour and the London Poor de Henry Mayhew, qu’il faudrait décidément que je lise — sur son weblog, il ajoute également à cette brève liste monsieur R.A. Lafferty). Mais la plupart des autres citent des auteurs terriblement Sérieux avec un grand S… Enfin, y’en a quand même une qui parle de mon cher Trollope…

Well, toujours est-il qu’en cette épuisante saison, je me livre moi aussi à des « lectures confortables », d’où les romans pour ado que je déguste en ce moment. Là, en plus du Mary Norton (Bedknob and Broomstick), je progresse aussi dans The Amazing Maurice and his Educated Rodents, un récent Terry Pratchett pour les mômes — très amusant, comme il se doit. Allez: j’y retourne.

#119

Hé, qui se souvient de Wil Wheaton?

Mais si: le gamin qui avait commencé dans le très beau film Stand By Me, et qui ensuite avait joué le rôle du jeune Wesley Crusher, dans la série Star Trek: the Next Generation — un personnage qui exaspérait au moins la moitié des fans! (not me!)

Un mien copain (j’évite de le dénoncer…) vient de tomber sur son site perso. Avec un weblog décontracté, débordant d’enthousiasme, politiquement engagé — le weblog d’un jeune homme d’aujourd’hui, presque ordinaire… à ceci de plus, tout de même, qu’il joue dans le prochain film de Star Trek! Sympa.

#118

Je sais bien que je ne poste pas trop souvent en ce moment — alors qu’auparavant je faisais en sorte de mettre une entrée par jour. Las, la période ne s’y prête pas… Vous ai-je déjà dit que je déteste Noël? 😉

Et ce jeudi est mon dernier jour de liberté avant le 25 décembre. Pff. Mon laconisme ne va donc pas s’améliorer…

Anyway, sans rapport, je viens enfin de m’établir une wish list sur Amazon.uk — ça faisait longtemps que je voulais le faire. On peut toujours rêver.

Sinon, j’ai essayé de lire Silver Cloud Café d’Alfredo Véa Jr., un roman de « réalisme magique » chaudement recommandé par Terri Windling. Longtemps que je voulais le lire. Il a été réédité il y a peu. Grosse déception: si les thèmes (un polar sur le meurtre atroce apparemment perpétré par deux anges) & les lieux (San Francisco, le quartier espagnol) me plaisent beaucoup, le style en revanche me rebutte carrément. Prétentieux, contourné, abusant du point de vue omniscient & du mélange de points de vue, c’est l’horreur, pas du tout à mon goût. Zut. Je ne sais pas si je vais le reprendre…

En tout cas, mon état de lassitude ne me pousse pas à de grosses lectures intellectuelles, en ce moment. Je suis donc à mi-parcours d’un bouquin pour ado, encore un. Bedknob and Broomstick de Mary Norton. Un classique anglais pour la jeunesse, datant des années 50 — Disney l’avait « adapté » sous le titre L’apprentie sorcière, avec Angela Lansbury. J’avais adoré ce film, étant petit — j’en avais même fait des rêves mémorables! Le roman est très amusant, totalement rétro, et terriblement british. Je doute que des ados d’aujourd’hui puissent vraiment l’apprécier, mais pour ma part, je savoure sa cocasse désuétude…

Je termine aussi la lecture de la plaquette La vie sexuelle d’Emmanuel Kant, prétendument par « Jean-Baptiste Botul », en fait Frédéric Pagès (chez Mille et une Nuits). Très marrant, une imposture canularesque & misogyne, prétexte à l’évocation de Kant, à un résumé impertinent de sa philosophie.

#117

Réveillé par une grosse crise de trachéite. Ce qui me permet de me souvenir du rêve que je faisais — very weird indeed.

I was in a big, derelict house, somewhere in the middle of the forest. Une fête branchouille y battait son plein, musique, foule jeune, à l’étage un véritable bar a été ouvert. Je vois brièvement Piway, qui est dans la foule. La maison est grande, une sorte d’entrepôt y est attenant, avec des quais de débarquement de camions — le tout abandonné, en mauvais état. En fait, cette fête est organisée par une sorte de secte deep ecologist — et une prise d’otages ne va pas tarder à avoir lieu! Je le sais, parce que je m’en souviens: cette fête & cette prise d’otages ont déjà eu lieu, il y a une quinzaine d’années! Mais comment est-ce possible?

Je suis en compagnie d’Olivier, et d’un repré de la boutique, Jérôme. Il y a quinze ans, j’étais alors en compagnie d’une de mes collègues de l’époque, et d’un autre repré, Greg. Mais Jérôme se souvient lui aussi: il était présent à la fête, plus jeune & pas en ma compagnie, mais il était dans la foule dansante. Nous nous demandons si nous ne rêvons pas: comment un tel événement peut-il se reproduire, à l’identique — et alors que nous nous souvenons bien que la première fois, à la fin de la prise d’otage, le leader de la secte… a été abattu!

Mon identité fluctue: parfois, je ne suis pas moi mais une femme, vêtue d’une robe rouge, et je suis également avec mon fils. Un jeune à la taille fluette, roux, cheveux mi-longs, une quinzaine d’années, vêtu d’une salopette jaune. Je le persuade de sortir, de quitter la maison — j’essaye aussi d’en persuader Olivier, mais ce con ne veut pas partir. Alors que je raccompagne mon fils en bas, passe les grandes portes en bois clair Greg, qui a eu une prémonition, il s’est douté que les choses allaient recommencer. Nous remontons ensemble au bar, il a apporté un dictaphone, nous commentons à tour de rôle le déroulement des événements . Genre: 17h39, machine (une grosse pétasse gloussante genre fan de Star Trek) arrive au bar pour nous faire admirer son nouvel ensemble — joli mais un peu froissé: il est en lin, elle l’a fait entièrement elle-même, de la récolte du lin jusqu’au tissage. Deep ecology… Que va-t-il arriver? Nous savons que le gourou ne devrait pas tarder, il va entrer par la porte près du bar… Nous ne sommes pas des héros, mais nous sentons obligés d’être présents à nouveau, témoins du drame qui va se rejouer — et puis, je me dis que je pourrais sans doute en faire un bouquin, après, ça se vend généralement bien, ce genre de témoignages de fait divers…

End of dream, la trachéite me réveille tout à fait… Too bad!

#116

Pins parasol, eucalyptus, cheminées et orangers.

Pour faire comme Jean et Alexander, mes cinq endroits idéaux… Pas spécialement par ordre de préférence, juste comme cela m’est venu en tête.

– Rome (Italie): une orangeraie transformée en jardin public, sol de sable & bancs anciens, s’achevant en élégante terrasse en pleine vue du Colisée. Vieux souvenir, je ne connais même pas le nom de cette orangeraie…

– Londres (Angleterre): le large panorama des bords de la Tamise, vu depuis la baie vitrée d’une salle de lecture du Tate Modern. Sans doute l’un des plus beaux « tableaux » de ce musée… Comme une immense photographie vivante, dominée par la coupole de St Paul.

– Sorrento (Italie): la vue plongeante sur la Baie de Naples depuis le petit village de Sorrento, littéralement agrippé à la pente. Verdoyance des pins, la montagne plonge directement dans la mer, d’un bleu parfait.

– San Francisco (Californie): allongé sur une pente du Mont Davidson, une vue magique, l’impression de voler au-dessus de la ville. Les petites rues de Buena Vista se tordent sur les pentes en bas des Twin Peaks, droit devant une arrête boisée nommée Glen Canyon Park est envahie d’habitations, des bus scolaires jaune-orange partent d’un gymnase, les buildings de Downtown se détachent en gris sur le fond bleu brumeux de la Baie, à l’entrée de Bay Bridge scintillent les capots et les pare-brises des voitures, on croirait voir un documentaire légèrement accéléré. Sur la droite, les quartiers de Mission et de Potrero alignent impeccablement leurs rues, jusqu’au port. À l’extrème-droite, s’étendent les terrains de l’université, puis les montagnes arides de San Bruno.

– Lucia (Californie): la côte entre Monterey et Los Angeles — très découpée, souvent rocheuse, les montagnes sont couvertes d’une végétation sèche, quelques cactus, mais surtout des succulentes, des eucalyptus tordus, et toujours les mêmes herbes jaunes, couvrant toutes les pentes comme une sorte d’angora beige. Et du côté de l’océan, de vastes plages, des étendues d’herbes sauvages (trop vertes: marécage?), des galets, un pélican… Jamais vu un paysage aussi sauvage auparavant, l’impression de me trouver dans un documentaire…