#55

J’ai dit que je parlerai ici de toutes mes lectures, je suppose qu’il faut donc que je parle de Warriors… Mais il ne s’agit pas d’un livre. En fait, ce n’est qu’un projet de série de bouquins, présenté par une boîte nommée Working Partners Ltd. J’ai lu ça pour Gallimard Jeunesse. Ca se présente sous la forme d’une présentation générale du projet, du synopsis détaillé du premier tome, et des six premiers chapitres du premier tome.

Rusty est un jeune chat roux, domestique: vivant dans une maison avec des humains, il rêve cependant depuis plusieurs soirs d’une chasse à la souris — alors qu’en réalité il n’a encore jamais attrapé le moindre rongeur. Un soir, il décide de sortir hors du jardin afin de tenter sa chance et de confronter la forêt inconnue derrière chez lui. N’écoutant pas les conseils apeurés de son voisin, un jeune chat noir et blanc, le jeune Rusty s’enfonce dans les buissons et ne tarde pas à dénicher une souris.

Mais il est dérangé dans sa chasse par un ennemi inconnu — un jeune chat gris, sauvage et musclé, avec lequel il se bat. Bien que moins fort que son adversaire, Rusty lui fait face. Greypaw, c’est le nom du jeune chat sauvage, cesse le combat et explique au chaton qu’il est un apprenti guerrier des chats sauvages du bois, un membre d’un Clan de chats nommé ThunderClan. Ne tardent pas à arriver deux adultes du ThunderClan, qui ont épié les agissements de Rusty et lui proposent de rejoindre leur clan — car ils manquent de futur guerrier.

Rusty accepte, et rebaptisé Firepaw, est intégré à la formation du ThunderClan. S’ensuivent ses aventures et découvertes de la vie sauvage: la structure clanique, le camps des chats sauvages, leur chef âgé Bluestone, le guerrier Hammerclaw et son avidité pour le pouvoir, une chatte-médecine d’un clan voisin qui vient se réfugier chez eux et qu’aide le jeune Firepaw, les rumeurs inquiétantes de disparitions de chatons du clan voisin ShadowClan, les attaques du ShadowClan, les visées ditactoriales du chef du ShadowClan et finalement une contre-attaque menée par Firepaw, la chatte-médecine et quelques alliés qui permet d’abattre le dictateur et de découvrir qu’il avait trahit son clan. Puis le retour au ThunderClan, où Hammerclaw continue de comploter.

Ca m’a fait penser à une sorte de Guerre du feu avec des félins comme personnages… Ce n’est pas désagréable, correctement (quoique platement) écrit, mais je n’en vois pas trop l’intérêt… Ce projet est bien entendu purement commercial (pas même de nom d’auteur), mais les mômes seront-ils intéressés par un « Rahan des chats »? Je suis assez dubitatif — et en tout cas incapable de juger de ce genre de choses.

C’est amusant, de lire sur manuscrit des bouquins US pas encore parus (ni même écrits, dans ce cas précis!). J’avais ainsi lu pour Denoël le Bradbury qui vient juste de paraître aux États-Unis (From Dust Returned), le nouveau Robert Charles Wilson (The Chronoliths), et là, je me délecte littéralement à la lecture de The Fall of the Kings d’Ellen Kushner & Delia Sherman, un gros roman situé dans le même univers de cape-et-d’épée baroque & fleurie que Sworspoint de la seule Kushner.

Ah oui, et puis j’avais aussi lu pour Folio Junior un roman de fantasy pour ados, Mirror Dreams par Catherine Webb (une gamine de quatorze ans!), qui doit je crois sortir de manière mondiale au début de l’an prochain — très chouette, plutôt genre Zelazny que Rowling.

#54

A lire dans le numéro d’octobre du Monde Diplomatique, un article aussi intéressant qu’inquiétant de Valerio Evangelisti (l’auteur des Nicolas Eymerich, chez Rivages) intitulé « L’extrême droite investit la science-fiction ». Où il peint le sombre tableau d’une Italie actuelle en proie à ses vieux démons mussoliniens & où, avec force exemples faisant froid dans le dos…

la science-fiction, loin de préfigurer un avenir lointain et fantaisiste, entretient des rapports étroits avec la réalité. Mais, dans le cas italien, il s’agit, non d’une métaphore critique du présent, mais d’une sous-culture s’avançant à découvert pour accompagner le triomphe d’une idéologie. Durant les années où elle était bannie de la grande culture italienne, l’ultradroite se servit de la science-fiction, genre alors négligé, pour revenir en contrebande.

#53

Une poignée de liens intéressants:

Dans le Washington Post, Neil Gaiman chronique le nouveau roman en collaboration de Stephen King & Peter Straub, Black House.

It is a book that exists on the borders of genre — it’s not a serial-killer romance, although the Fisherman is unquestionably a superhuman serial killer possessed of (and by) strange powers. It is too dark to be a fantasy but too light, too deeply sunny, to be at its heart a horror novel. […] Black House allows us to see two master craftsmen, each at the top of his game, collaborating with every evidence of enormous enjoyment on a summery heartland gothic. The book is hugely pleasurable, and repays a reader in search of horror, adventure or of any of the other joys, both light and dark, one can get from the best work of either of these two scribbling fellows.

Au fait: finalement Neil Gaiman continue à tenir son weblog, il y a visiblement pris goût avec celui qu’il tenait à propos d’American Gods — chic alors!

Dans le Sunday Times, Philip Pullman nous explique quels livres sont actuellement sur sa table de chevet (citation complète ci-dessous). Et dans le Guardian Unlimited, un entretien avec ledit Philip Pullman.

I’m greatly enjoying Michael Arditti’s Easter (Arcadia). It’s a delight to find a modern novel that takes religion — and all the objections to it — seriously as a subject: the rock-pool of a London parish teems with all kinds of curious life. It’s so good that I even forgive him for using the present tense. I’m also reading Somerset Maugham’s The Summing Up (Vintage), and finding it an odd mixture of shrewdness about the business of writing and narrow pessimism about human nature. I hadn’t really looked at him before, and it’s easy to see why he was so popular with middlebrow readers: he flatters their sense that they’re not easily taken in, that they know a thing or two. Actually, an easy cynicism is just as limited a point of view as that of Dr Pangloss, but it seems more sophisticated. Finally, a pile of elderly and disintegrating thrillers by Edgar Wallace, E Phillips Oppenheim, Sydney Horler, Sax Rohmer, and so on. Any of them, opened at random, will bring on sleep within five minutes: a happy stupor, thronged with beautiful girls, mysterious Orientals, square-jawed Englishmen, cocktails, Rolls-Royces, opium dens and snobbery. Delicious.

Toujours dans le Guardian Unlimited, Michael Moorcock livre & commente son Top Ten des romans de science-fiction. On trouve ainsi, sur ce site, plusieurs listes de lectures commentées par des écrivains, dont celle de Kate Atkinson — qui a glissé onze titres pour son « Top Ten » personnel.

Pas particulièrement littéraire (?), mais délicieux anyway: vous ai-je déjà dit combien j’aime le weblog Not So Soft? Pour faire court, sa présentation:« My name is Meg. I’m a late twenty-something noomeejahoor living in London, but words have always been my first love… »

Et comme un plaisir ne vient jamais seul, Meg trouve le moyen d’avoir aussi son petit ami & sa petite soeur qui écrivent des weblogs, également très chouettes/attachants/intéressants: respectivement Digital Trickery et Little Red Boat.

En fait, je crois même que des trois je préfère Little Red Boat: rédigé par une jeune artiste prénommée Anna, depuis l’île d’Iona, ce blog est finalement très littéraire (de longues entrées, très drôles et pleines d’un style pétillant), à la fois exotique & familier, vraiment j’adore!

J’aime aller lire régulièrement ces petites tranches de vie — no doubt qu’il doit exister out there quelques centaines d’autres weblogs tout aussi adorables, m’enfin j’ai fait connaissance de ceux-ci et m’y sens confortable…

#52

Lu — ou plutôt: parcouru, goûté, feuilleté… Je pensais que mon père était Dieu de Paul Auster. Ou, plus exactement, sa version originale (vous connaissez mon « snobisme » pour la lecture en VO): I Thought My Father Was God.

Une très étrange anthologie, de courtes histoires authentiques écrites par des « gens ordinaires » & sélectionnées par Paul Auster dans le cadre du « National Story Project ». Chargé de lire une fois par mois une histoire, à l’antenne d’une radio nationale américaine, Auster fit appel aux témoignages de ses contemporains: à chacun de lui proposer

stories that defied our expectations about the world, anecdotes that revealed the mysterious and unknowable forces at work in our lives, in our family histories, in our minds and bodies, in our souls… […] hoping to put together an archive of facts, a museum of American reality.

Le résultat? Cent soixante dix neuf brèves histoires, généralement contées de manière ordinaire (quoique certaines soient très stylées), ouvrant sur le quotidien quelques perspectives étonnantes. Une démarche typiquement austerienne, somme toute, mais ici ouverte à ce que les notes de couvertures nomment un peu prétentieusement « l’âme américaine » — et qui est en fait la trame de la réalité.

Une autrice de la Gang, Marie-Pierre Najman, a coutume de parler de « grumeaux » à propos de ces petits instants incongrus de la vie de tous les jours: les coïncidences étonnantes, les événements étranges, les détails réels légèrement en décalage de la vision ordinaire des choses. J’adore ce mot: grumeau! Ce sont donc 179 grumeaux qui nous sont offerts à lire dans ce beau recueil (l’édition américaine, chez Henry Holt, est un hardcover formidablement soigné & maquetté, vraiment superbe — l’édition française, parue un peu avant, présente l’habituelle qualité d’Actes Sud).

Parfois bouleversants, parfois amusants, parfois presque anodins, toujours touchants — et toujours profondément personnels & paradoxalement universels, ces grumeaux savent dénicher dans le réel comme une sorte de « réalisme magique » authentique…

Splendide, tout simplement. Un livre hors normes. Enivrant, fascinant: à lire à petites doses régulières…

#51

Stress félin… Tout le week-end Nina, ma chatte, est restée planquée sous mon lit — sauvage, la petite bête: elle déteste que du monde vienne chez… nous. Elle n’a émergé de sa cachette qu’après le départ du dernier convive dimanche soir. Et s’est aussitôt mise à jouer, comme si de rien n’était, tandis que je rangeais le bazar dans le salon — image amusante de la bestiole tentant de chopper une madeleine tout au fond d’un sac en plastique…

Troc félin… Hier soir, Nina ne voulait pas manger sa pâtée. Elle vint quémander auprès de moi, alors que je dînais — ce qu’elle ne fait jamais d’habitude. Lui cédant, je lui ai finalement coupé un morceau de jambon de ma garniture de choucroute, que je lui ai mis dans sa gamelle. Joie de Nina, qui mangea avec entrain son jambon — et termina même sa pâtée dans la foulée. Elle revint ensuite voir si je n’avais pas encore autre chose pour elle — elle eut le droit de lécher le pot en verre du reste de crème brûlée. Elle alla ensuite dehors, et me ramena, toute contente d’elle, d’abord une sauterelle, puis une souris (morte, heureusement).