Éveillé de bonne heure, j’ai décidé de ne pas me rendormir et me suis présenté au bureau de vote presque à l’ouverture, avant que de rejoindre le marché, où l’affluence fort chenue me permis de ne faire la queue nulle part. Les transports en commun étant interrompus je m’en suis retourné à pieds, sous ce ciel tendrement bleu qui embrasse la ville matinale d’une haleine dorée et frisquette. Croisé du monde : deux chats noir et blanc étendus dans un jardinet ; un autre, gros tabby aux yeux bridés, placidement assis sur le trottoir ; et un petit chien blanc et brun, basset peut-être, observant la rue depuis le rebord d’une fenêtre. Des pigeons, aussi, picorant dans mon impasse les miettes qu’une voisine jette chaque jour devant sa porte. Paisible fin du monde.
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#2872
Tiré du sommeil par une chatte qui s’inquiétait que je dormisse trop tard, et elle avait raison, je titubais jusqu’au dehors où le jour se faisait liqueur blanche et froide. Du tram, je consultais la cadence muette des façades, dont les fenêtres basculent le ciel, et à l’arrêt Saint-Michel descendit rejoindre une maigre brocante qui, frissonnant dans l’humidité sous la flèche, n’y trouvait guère de réconfort, près de l’église sombre tapit à croupetons en bas de la place, toute renfrognée. N’y dénichant rien pour appesantir ma besace, je ne fis qu’un bref tour au marché avant de rentrer, pas encore tout à fait réveillé sous ce ciel de craie.
#2871
Des gongs de bronze n’ont cessé de sonner toute la semaine de l’autre côté des fenêtres et au-dessus des toits, tandis qu’au fond de la petite maison, dans le bloc d’air pâle du bureau, s’agitaient mes collaborateurs, en rires, cogitations et concentration. Et la tempête de souffler, de cogner, les averses de ronfler sur les tuiles, les bruines de trotter sur les vasistas, des masses grises de s’abattre tout à coup dans la rue, précipitations. Et des portes qui battent, le ciel d’alterner entre le coton sombre des heures éteintes, les brèves déchirures de bleu ourlées de blanc et ensuite l’indigo des nuits qui efface le jardin.
#2869
Un susurrement et le crissement discret du stylet sur sa tablette : ce sont les murmures qui émanent du sieur Melchior comme, accaparant mon ordinateur, il travaille au bouclage du prochain « Bibliothèque dessinée ». Tout juste nous sommes-nous risqués au dehors ce midi, pour n’hélas trouver barrière judaïque qu’une large banderole humide se balançant mollement au-dessus d’une longue rue déserte — la bruine intermittente, le vent aigre et les passages nuageux auront donc eu raison du grand vide-grenier annuel.
#2867
Dimanche laiteux, comme engourdi, sous un vent humide — et pas de livres à Saint-Michel en dehors d’un Pif de 1971, calamitas. À un moment, me relevant d’un lot de drouilles, je prend soudain en plein visage un éclatement de soleil et de lumière : du mobilier seventies, grosses fleurs de tournesol, laque orange, motifs de flammes… Riante décennie dont le design était si positif.
