#2362

Hier matin, j’ai reçu les BàF de Zombies !, le gros essai de mes copains Bétan & Colson. C’est la première fois que l’on réédite l’un des volumes de la « Bibliothèque des miroirs » (enfin, à part le Miyazaki, mais il était quasiment à l’identique) et la première fois, donc, que l’on teste le principe du « remix » d’un de nos bouquins. Pour la « Bibliothèque rouge », c’était différent: Xavier et moi avions complètement réimaginé la collection, et la trilogie Holmes-Lupin-Poirot (dont je suis immensément fier, faut bien le dire) ne consiste pas en des rééditions mais en de complètes nouveautés. Bref, tout ça pour dire que je cogite pas mal en ce moment à ce que doivent être des rééd : il faut que ce soit une fête, il faut saisir à fond l’occasion pas si courante que ça de corriger / augmenter / repenser nos propres livres. À ce titre je pense que Zombies ! va dans le bon sens, car la 4e partie est totalement renouvelée, il y a une 5e partie en plus, un petit cahier couleur en post-scriptum final, et la reliure sera rigide (façon BD). Ça va être un joli pavé. Ah, et puis j’avoue qu’il m’amuse beaucoup d’y avoir introduit Picsou et les Schtroumpfs… Si, si.

Plus largement, repenser nos propres livres, chercher de nouveaux formats et des possibilités plus belles encore de présentation, m’excite beaucoup. Nicolas Le Breton par exemple a bien compris combien une rééd devait être une fête : sa Geste de Lyon va ressortir en intégrale fortement retouchée et augmentée. Raphaël revoit complètement le Miyazaki pour le passer en quadri. Et je cogite sur nos prochains « remix », un en 2014 et l’autre en 2015…. Quant à Fiction, il a également fallu le réinventer, la part graphique semblant finalement en porte-à-faux avec les attentes de beaucoup de lecteurs (dommage), les frais étant trop importants dans l’économie du livre en crise (et les subventions en baisse), tandis que le rédactionnel (articles, entretiens) n’avait pas assez de présence dans la revue, à mon goût (et on en cherche, du rédactionnel !). Ça ne voulait pas dire tout sacrifier aux économies : on a ajouté beaucoup de pages (360 pages au lieu de 306), le papier de couverture (le même que pour le tome 15) coûte une petite fortune… L’un dans l’autre, cette nouvelle formule acquiert une esthétique purement « littéraire », plus dense (format 14×21), genre NRF. C’est ce que je voulais. Et le recul que me procure la mise en page finale me permet de constater qu’une fois de plus, bon sang, quel beau sommaire ça fait. Content par exemple de l’ajout d’une nouvelle de Thomas Burnett Swann (un de mes auteurs fétiches, que les Moutons vont redécouvrir peu à peu), au titre superbe (« Les ailes soudaines »), mais il y a plein des textes de toute beauté là-dedans : Jeffrey Ford, Daryl Gregory, Richard Chwedyk, Jipé Andrevon, Ken Liu… Enfin bref, tout cela est bel et bon. Publier une telle revue m’enchante en permanence.

#2361

Ce que c’est que la mémoire. Je ne sais pourquoi, je croyais que c’était en avril, l’anniversaire de la création de Yellow Submarine. Mais non, c’était bien en mars 1983 que j’ai publié le premier numéro de ce fanzine… Alors, il ne fallait pas perdre de temps, en fait, pour réunir et réaliser le volume spécial 30e anniversaire souhaité par mon camarade Alex Mare. Heureusement, la plupart des auteurs contactés ont répondu immédiatement, avec un enthousiasme qui fait chaud au cœur. Je viens donc de passer une grosse semaine à trimer sur l’OCR, les corrections, la mise en page et tutti quanti. Des travaux d’envergure mais ô combien jubilatoires, quoique par moments un peu troublants : sans céder à la nostalgie, se replonger ainsi dans son propre passé convoque quelques souvenirs et des émotions presque oubliées — je ne suis pas spécialement porté sur le narcissisme et le retour sur soi, mais entre mes travaux d’archivage du blog et cet YS d’anniversaire, je me fais actuellement un curieux « trip » de mémoire.

Enfin, je dois dire que je suis passé d’un sentiment de surprise un peu interloquée et assez prudente (lorsque Alexandre m’a dit qu’il fallait absolument que l’on fête ça — et il avait raison, bien sûr) à un réel enthousiasme, le bonheur de façonner un très beau volume qui approche des 400 pages (et encore, on a été obligés de se limiter). Attention : VPC only, pas de diff librairie (Harmonia Mundi ne pouvant pas gérer les ventes fermes pour le moment, ils ne le feront qu’à partir de cet été hélas). Ça va donc être un « hardcover », sous jaquette couleur (par Lewis Trondheim, trop gentil !), super beau et classe et luxueux et malgré tout pas hypra cher (on a serré le prix à 29 euros port compris).

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#2360

Combien de temps dure le présent ? Il semblerait que la réponse, pour moi, soit d’environ 3 ans. Car alors que je compilais les billets de ce blog pour les recueils que je prévois, je me suis interrompu début 2010. Soudain, il ne s’agissait plus de trier le passé — je me retrouvais dans le présent, en tout cas le passé immédiat, et incapable d’avoir le minimum de recul nécessaire. Ces archives papier n’iront donc pas au-delà de 2009, pour le moment. Il faut maintenant que je trie ce que j’avais écrit avant le blog, genre le journal de San Francisco (juin 1996) etc.

#2356

Bon, à part ce « vague-à-l’âme » persistant (on va appeler ça comme ça), j’ai eu le petit plaisir de recevoir hier matin les feuilles de tirage de mon Londres, une physionomie et du Paris, une physionomie du commissaire Mare. Tout cela est bien beau, ventru et velouté, conforme à mes souhaits — concrétisation d’un rêve très ancien en ce qui concerne le volume londonien… L’aboutissement d’une passion. J’espère que ça va marcher en librairies et que certains vont se réveiller, car les mises en place initiales sont hélas un peu décevantes, on s’attendait à mieux.

SInon, des lecture comics : le  tpb n°18 de Fables, très beau mais terriblement triste ; le premier du spin-off Fairest qui rebondit vraiment superbement sur la série principale (contrairement à Jack que j’ai laissé tomber, ça ne marchait pas pour moi) ; et puis je rattrape mon retard sur les Unwritten, série fascinante, mêlant psychogéographie, histoire des littératures du merveilleux et récit de fantasy post-Harry Potter. Autant dire que ça me parle totalement. Dans le nouveau texte de l’essai Zombies!, mon ami Colson s’interroge à un moment : « Peut-être sont-ils victimes de la confusion entre réel et fiction, une affection qui grignote lentement mais sûrement le monde dans lequel nous vivons ? » Et c’est bien de cela que nous parle Mike Carey, le scénariste d’Unwritten : cet effacement actuel des frontières entre imagination et réalité — un champ dans lequel travaille aussi ma collection la Bibliothèque rouge, bien entendu.

Ah, et puis j’ai lu la bédé de Bryant & May par Fowler, mais franchement, si le dessin est fort plaisant on voit que l’auteur n’est pas assez familier de la narration figurative (il avait pourtant fait un Vertigo, dans le temps?), les ellipses sont très mal gérées, tout cela fonctionne par à-coups, ça se lit comme une sorte de storyboard d’une nouvelle mais pas vraiment comme une bande dessinée… Ce n’est donc pas désagréable mais néanmoins partiellement un échec, l’expérience de lecture n’étant pas pleinement satisfaisante.

#2355

Le compagnon d’un ami vient de mourir, après une très longue maladie. Alzheimer. Je me souviens de la dernière fois où je l’ai vu en bonne santé, nous étions descendus ensemble au marché, au pied du Père-Lachaise, première et unique fois où j’ai été au marché dans une rue de Paris. Maintenant, son ami va devoir racheter leur appartement à la famille. Parce que, n’est-ce pas, ils n’étaient pas mariés et donc, le survivant n’a droit à rien. L’Assemblée vient juste d’adopter le premier article de la loi sur le « mariage pour tous » et la droite pousse des cris de gorets qu’on égorge, multiplie les insultes et les propos abjectes. Tout cela m’oppresse, me dégoûte et m’attriste.