La bruine actuelle serait-elle l’état diurne des brumes du fleuve, pour paraphraser Gracq ? Mais non, Bordeaux est ville de pluie, cité des éclaircies, métropole sous les nuages, et l’on prit donc une limonade en terrasse dans un coin de rue, sous les gouttes intermittentes qui frappaient le métal de la table. Au moins n’y avait-il pas foule, et je rentrai par les habituelles ruelles désertes, dont la plus étroite laisserait à peine passer l’animal qu’on lui a dédié. Sous un soleil timide les quais s’emplissaient « de fils d’or et de reflets noirs » (et cette fois c’est du Proust).
Archives de catégorie : journal
#3036
Descendu cette nuit au salon, je connus un moment Cliff Sterrett : la lune projetait au sol un superbe décalque des petits carreaux de la baie vitrée, les angles des canapés y découpaient des formes géométriques… et la chatte Jabule y arrondissait le dos ! Aussitôt j’ai pensé Polly and Her Pals !!
#3035
Passé un moment au jardin, pour m’étirer et respirer un peu l’air du soir : c’est du rose que j’ai eu la sensation d’inspirer, la teinte qui saturait en cet instant tout l’espace et toute la lumière. Juste quelques secondes de rose en suspension avant que le jour ne tourne à la grisaille et que ne monte l’obscurité.
#3033
#3032
Des roucoulements de pigeons dominent le paysage sonore de ce coin de campagne, avec la note grave d’un coucou en arrière-plan et tous les gazouillis pointus des petits volatiles. Des merles au bec aigüe et à l’œil vif ne cessent d’aller et venir du noisetier à l’étendue de pâquerettes et de celles-ci à la table ou au sureau. Des croassements flottent dans l’air que le vent bouscule. Une pluie fine grésille doucement sur la véranda. La lumière baisse soudain, une ombre humide enfle dans la verdure et l’averse commence à tambouriner.

