#2368

Reçu le coffret des petits livre de chez Penguin publiés en célébration des 150 ans du métro de Londres. Mal commencé avec le volume graphique, pure escroquerie intellectuelle, une suite de gribouillis ne faisant nullement sens. Le début d’un autre me fait resonger à l’architecte Richard Seifert. De même que les années 1990 ont été architecturalement dominées par les travaux de sir Norman Foster et, dans une moindre mesure, de sir Richard Rogers, dans les années 1960-70 Londres fut massivement marqué par les tours et autres bâtiments de Richard Seifert. Pourtant, on ne les voit plus : leur style typiquement « international » fait que, très critiqués à leur époque, ils ont aujourd’hui glissé dans l’anonymat de tours lisses et banales, d’une laideur terriblement Seventies. Mais… et s’ils n’étaient pas si laids, les bâtiments de RIchard Seifert ?

Suivant l’opinion générale, j’ai longtemps considéré Centre Point, la grande tour blanche qui s’élève au carrefour de Tottenham Court Road, comme une verrue abominable, un échec planté avec orgueil sur une place venteuse et abominablement triste, elle-même un autre échec patent. Et pourtant… La dernière fois que j’étais à Londres, j’ai subitement regardé cette tour d’un autre œil. Parce que le design des années 1950-60 et, dans une moindre mesure, des années 1970, est actuellement en plein revival et très à la mode, et parce qu’enfant de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise j’ai de toute manière toujours entretenu un goût certain pour l’architecture Seventies, tendance maintenant mieux informée et bien réévaluée, oui, mon regard fut différent soudain. Eh, mais c’est qu’il n’est pas si laid, ce Centre Point. En fait, il est même d’une belle élégance, avec sa façade toute en nids d’abeilles blancs, et la vaste passerelle vitrée qui la relie au bâtiment d’à côté. Finalement, ce n’était pas tant la tour qui était laide, mais son accueil public qui fut désastreux, et sa « mise en scène » sur une piazza ratée qui fut également désastreux. Mieux mise en valeur, cette tour démontrerait ses grandes qualités architecturales et sa beauté typique d’une époque trop vilipendée. Une mise en valeur dont il faut espérer qu’elle sera réalisée, enfin, à la faveur des grands travaux qui transforment actuellement ce centre de mes visites à Londres depuis toujours en une immense béance terreuse, un trou noir urbain qui a avalé d’aussi immenses icônes locales que la salle de rock Astoria et le Virgin Megastore historique. De mes anciens repères, ne restent plus que la librairie Forbidden Planet, déménagée à deux pas de là, et… la tour Centre Point, eh oui.

#2367

Je l’avais dit, et je l’ai fait : un livre papier auto-édité réunissant ce que j’avais envie de conserver de ce blog…

Pourquoi faire ? Pourquoi réunir sur du papier, sous la forme d’un livre, toutes ces notes de voyages, tous ces extraits de journaux et de blog ? Sans doute par vanité autoriale, bien sûr, mais aussi aussi parce que j’ai le sentiment, vague, sans doute réactionnaire, que les écrits (sur papier) restent tandis que ceux qui ne sont que des assemblages de pixels, des données stockées sur des serveurs distants, peuvent à tout moment s’évanouir…Alors donc, l’envie d’assembler tout cela, de conférer une apparence un peu plus pérenne à tant et tant de textes rédigés au cours des années. Une archive, quoi.J’ai peu réécrit, j’ai parfois coupé, j’ai également sélectionné et abandonné ; enfin, une décision : celle de débuter par mon journal de San Francisco, le tout premier de ces « travelogues » que je décidai soudain d’écrire. En fouillant de la sorte dans les entrailles de mon blog, je suis parvenu à deux constations : tout d’abord, que ce n’est qu’au début de 2003 que mon style a commencé à se trouver, à devenir sinon « littéraire », du moins à acquérir une patte que désormais je reconnais. Ensuite, que pour moi au moins, le présent semble durer trois ans : j’ai interrompu ces compilations début 2010, car ensuite, c’était mon présent, je ne savais plus trier, choisir, c’était encore trop frais. Voilà, faites-en ce que vous voudrez. J’imagine qu’une lecture suivie serait assez lassante, mais c’est ma mémoire, simplement ma mémoire. Avec de sempiternels voyages à Londres, encore et encore, et puis quelques autres destinations : New York, Venise, Florence, souvent Paris, ou bien encore Amsterdam, Bruxelles… Et pour la partie journal, beaucoup de récits de rêves, quelques lectures, quelques fragments autobiographiques, des souvenirs, des descriptions, des instants…
187 187-2

#2366

Ne nous voilons pas la face, je suis un être casanier. Et pourtant, j’aime voyager, aussi, et je ressens toujours une sorte d’élan joyeux à l’idée de partir. Mais me retiennent chez moi mes trois chattes (la plus jeune est particulièrement malheureuse quand je suis absent, je le sais bien), mes tasses de thé (le monde extérieur étant dominé par la tyrannie du café), et surtout, sans doute, la gestion quotidienne des Moutons électriques, plus difficultueuse à distance en dépit de l’aide de l’iPhone et de l’IPad. Mais enfin, voyages je fais, tout de même. En l’occurrence, je m’engage dans trois semaines de mouvement, avec le Salon du Livre de Paris, puis quatre jours de retour avant de partir en Bretagne, à Bécherel, pour quelques confs en compagnie de Johan Heliot et Xavier Dollo, suivies de quatre jours de repos campagnard chez mes parents, puis d’une journée de retour über chargée avec deux réunions importantes, puis encore trois jours à Bruxelles (chic chic). Ah ah ah, je me sens fatigué d’avance. Pourtant, c’est rigolo, cette vie ; très agréable. La vie que j’avais toujours voulu avoir, soyons franc. Impossible de me plaindre, donc. Hauts les cœurs.

#2365

Depuis que l’oncle Joe tient sur FB son « café » du matin, il exerce une terrible influence sur moi — déjà trois bouquins acquis rien que par sa faute. Le dernier en date, je ne m’attendais assurément pas à tomber dessus chez un bouquiniste lyonnais, mais pourtant: La Magie à Paris par René Thimmy, aux Éditions de France, 1934. J’aime bien cet éditeur, pour sa délicieuse collection policière (« À ne pas lire la nuit ») et pour quelques autres ouvrages, genre le 1900 de Paul Morand, par exemple, ou Édouard VII et son temps de Maurois, qui firent partie de mes références pour la « Bibliothèque rouge ». Mon exemplaire ne bénéficie pas de la belle illustration de celle de Joseph, je n’ai qu’une sotte couverture en papier jaune. Bref, René Thimmy, donc, dont Joseph m’apprit qu’il s’agissait en fait d’un certain Maurice Magre (1877-1941), occitaniste, poète et passionné d’ésotérisme. C’est bien entendu dans cette dernière catégorie que s’inscrit cette Magie à Paris, très curieux et souvent très amusant portrait de nombre de mages, sectes et phénomènes « mystérieux » du Paris des années trente. Pour tout dire, c’est si étonnant et (pour le mécréant que je suis) si apparemment farfelu, que je l’ai lu comme une sorte de fantasy urbaine fort bien troussée, construite comme un reportage. Il y a quelques années, j’étais tombé amoureux des Voyages au pays des voyantes d’André Salmon, de la même époque, également très amusant mais plus tendre et plus terre-à-terre, alors que René Thimmy/Maurice Magre veut y croire, visiblement.

#2364

Qu’est-ce tu lis dédé dis donc? Eh bien, des trucs qui ne seront pas au goût de tout le monde, je suppose. Pas des « litt de l’im », en tout cas, pour l’instant — quoique j’ai commencé avec gourmandise Les Lames du cardinal de Pierre Pevel, enfin paru en poche. Mais sinon, d’un côté j’ai entamé mes lectures et recherches en vue du troisième Dico féerique, celui sur le règne végétal (serait temps). Avec notamment le délicieux WIldwood de Roger Deakin — le journal d’un vieux passionné de nature, qui s’était rendu célèbre outre-Manche pour sa défense de la nage dans les cours d’eau et étangs un peu partout, et qui ici parle du rapport aux arbres. C’est d’une grande beauté, je suis sous le charme (sans jeu de mot). Et puis je ne sais pourquoi, envie de calme, de profondeur, j’ai eu l’idée de relire La Prose au monde de Merleau-Ponty. Mon ami Olivier, féru de philo, me l’avait fait lire il y a longtemps et j’ai éprouvé le besoin de me replonger dans cette prose incroyablement dense (l’auteur n’a jamais achevé ses brouillons, en fait) mais traversée de fulgurances, de véritables lumières, c’est splendide, tellement intelligent. Tout ça fait du bien.