#2358

Tea time? Si vous passez sur cette page depuis un moment, vous aurez peut-être (!) remarqué que Londres est une vieille passion mienne… Alors dans mes propres bouquins, bien obligé, j’y revenais encore et encore : l’East End de Jack l’Éventreur, le West End de Sherlock Holmes et celui d’Hercule Poirot, le beau livre Géographie de Sherlock Holmes, un Yellow Submarine sur Londres, dans le temps…

Et puis en discutant avec le professeur Mauméjean de l’avenir de la collection Bibliothèque rouge, je ne sais plus exactement comment l’idée s’est décantée, mais une approche purement des villes, des espaces urbains eux-mêmes, s’est peu à peu dégagée. J’avais déjà établi le plan d’un livre sur Londres, il y a quelques années, avais demandé une subvention pour l’écrire… et l’avais obtenue ! Mais, las, l’éditeur avait aussitôt disparu, et la subvention était bien trop maigre pour me permettre de passer à Londres un temps raisonnable. Alors de tout cela, et puis encore d’une discussion avec le comptable des Moutons électriques (!), Frank, qui me parla de ce terme de « physionomie » pour un type de livres qui avait complètement disparu, et encore quelques lectures pour me faire une meilleure idée de la faisabilité d’un projet aussi particulier (notamment une histoire de l’impressionnisme), finalement deux livres prirent forme. Un volume sur Paris et un autre sur Londres, forcément. Je me déchargeais vite du job lutécien sur le commissaire Mare, pour ne garder que ce Londres, une physionomie, tant voulu, tant rêvé (allez, j’ai quand même écrit trois chapitres du Paris). Aujourd’hui le voici, le transporteur en a apporté une palette ce matin : 3 cm d’épaisseur, 384 pages, une préface (co-écrite avec Alexandre Mare), 30 chapitres (dont 13 par moi)…

Une étape, assurément : enfin le livre sur Londres que je rêvais de faire ; concrétisation de tant d’années de dérive (au sens psychogéographique du terme) dans ces rues. Et sans doute mon dernier essai, car je veux revenir à la fiction (enfin, il y aura encore le 3e Dico féerique, mais est-ce de l’essai ou de la fiction ? Un peu des deux bien entendu).

tea-time

#2357

« Il suffit que dans le plein des choses, nous ménagions certains creux, certaines fissures — et dès que nous vivons nous le faisons — pour faire venir au monde cela même qui lui est le plus étranger : un sens. » (Merleau-Ponty, La Prose au monde)

 

#2356

Bon, à part ce « vague-à-l’âme » persistant (on va appeler ça comme ça), j’ai eu le petit plaisir de recevoir hier matin les feuilles de tirage de mon Londres, une physionomie et du Paris, une physionomie du commissaire Mare. Tout cela est bien beau, ventru et velouté, conforme à mes souhaits — concrétisation d’un rêve très ancien en ce qui concerne le volume londonien… L’aboutissement d’une passion. J’espère que ça va marcher en librairies et que certains vont se réveiller, car les mises en place initiales sont hélas un peu décevantes, on s’attendait à mieux.

SInon, des lecture comics : le  tpb n°18 de Fables, très beau mais terriblement triste ; le premier du spin-off Fairest qui rebondit vraiment superbement sur la série principale (contrairement à Jack que j’ai laissé tomber, ça ne marchait pas pour moi) ; et puis je rattrape mon retard sur les Unwritten, série fascinante, mêlant psychogéographie, histoire des littératures du merveilleux et récit de fantasy post-Harry Potter. Autant dire que ça me parle totalement. Dans le nouveau texte de l’essai Zombies!, mon ami Colson s’interroge à un moment : « Peut-être sont-ils victimes de la confusion entre réel et fiction, une affection qui grignote lentement mais sûrement le monde dans lequel nous vivons ? » Et c’est bien de cela que nous parle Mike Carey, le scénariste d’Unwritten : cet effacement actuel des frontières entre imagination et réalité — un champ dans lequel travaille aussi ma collection la Bibliothèque rouge, bien entendu.

Ah, et puis j’ai lu la bédé de Bryant & May par Fowler, mais franchement, si le dessin est fort plaisant on voit que l’auteur n’est pas assez familier de la narration figurative (il avait pourtant fait un Vertigo, dans le temps?), les ellipses sont très mal gérées, tout cela fonctionne par à-coups, ça se lit comme une sorte de storyboard d’une nouvelle mais pas vraiment comme une bande dessinée… Ce n’est donc pas désagréable mais néanmoins partiellement un échec, l’expérience de lecture n’étant pas pleinement satisfaisante.

#2355

Le compagnon d’un ami vient de mourir, après une très longue maladie. Alzheimer. Je me souviens de la dernière fois où je l’ai vu en bonne santé, nous étions descendus ensemble au marché, au pied du Père-Lachaise, première et unique fois où j’ai été au marché dans une rue de Paris. Maintenant, son ami va devoir racheter leur appartement à la famille. Parce que, n’est-ce pas, ils n’étaient pas mariés et donc, le survivant n’a droit à rien. L’Assemblée vient juste d’adopter le premier article de la loi sur le « mariage pour tous » et la droite pousse des cris de gorets qu’on égorge, multiplie les insultes et les propos abjectes. Tout cela m’oppresse, me dégoûte et m’attriste.

#2354

Quatre jours à la campagne, dans le silence et le calme. Et même un peu de neige. Un peu de farniente qui se paye avant et après par un surcroît d’activité, afin de ménager cette plage de repos, mais c’est loin d’être désagréable. Longtemps que je me disais qu’il fallait que je passe chez mes parents durant l’hiver.

J’ai fini de lire Kraken de China Miéville, dont le goût pour les tournures obscures (et pas forcément parfaitement maîtrisées) gâche tout de même un milli-poil le plaisir de ce roman de fantasy urbaine bien tordue, où se croisent diverses apocalypses. C’est rigolo mais la prétention du style m’a semblé superfétatoire. Lu ensuite et à grandes foulées The Long Earth de Stephen Baxter et Terry Pratchett, de l’excellente science-fiction (avec une bonne dose de métaphysique comme l’aime m’sieur Lehman), tellement influencée par Robert Charles Wilson que l’on croirait vraiment lire une nouvelle œuvre de l’auteur de Spin. Ce n’est pas forcément un reproche : les deux écrivains livrent du coup un récit très ample de vision et très fluide de style (alors que les Baxter que j’avais lu dans le temps étaient d’une écriture aride et pesante, et que je butte trop souvent chez Pratchett sur ses foutues leçons de moral), la somme est vraiment supérieure aux deux. Le roman qui en résulte est très beau, plein d’images saisissantes et mémorables, vraiment du niveau du meilleur Wilson. Je commence maintenant la lecture du premier tome de la trilogie de Greg Egan.

Aussi profité de cette brève halte pour monter au grenier… et en redescendre une petite montagne de vinyles. Dont ce « collector »…

Lupin-Dutronc001