#2314

Et donc: Londres. Levé relativement tôt ce matin pour prendre un TGV largement en retard (normal) puis un Eurostar qui arriva… en avance ! Sont forts ces Anglais. Quelques longueurs de métro plus tard, je découvris le joli petit appartement que l’on me prête et qui va constituer mon pied-à-terre dans le nord de Londres pour dix jours. Ledit métro passe juste à côté, quasiment sous les fenêtres du salon, un spectacle qui m’est inhabituel et que j’ai contemplé par intermittences, cette après-midi, tout en réglant mon ordinateur portable pour qu’il accepte d’envoyer des emails, pas seulement de les recevoir.

Premier petit tour de reconnaissance du quartier et courses rapides à la supérette du coin — mais flûte, j’ai oublié d’acheter du thé. Puis coup de fil d’Axel, pour un rendez-vous à Sloane Square. Nous avons été parler et boire dans un grand pub tranquille de Pimlico. Pour moi un cidre à la poire — un peu trop sucré, tout de même. Nous avons pas mal marché, avant de le trouver, ce pub de quartier — il convenait tout d’abord d’échapper aux alignements de magasins de fringues puis d’antiquaires. Lorsque nous nous sommes séparés, j’ai continué un peu à pied, envie de cheminer d’un square à l’autre, dans la nuit, calmement, sans trop penser. Le but de ce séjour étant de (re) trouver de la quiétude, un apaisement. Mes pas me conduisirent jusqu’à la gare de Victoria, où je mâchonnai un sandwiche chaud et quelques souvenirs chaleureux. De quoi sera fait ce séjour? Je n’ai aucun plan préconçu, pas envie de prévoir. Si ce n’est sans doute d’aller faire un tour samedi au Comiket, le « Independent Comics Fair », un marché de la bande dessinée indépendante. Pas besoin de « faire » : juste de me détendre, de marquer une petite pause. Goûter Londres dans la simplicité d’un quotidien non affairé.

#2313

Je vais m’absenter du 6 au 18. Enfin des vacances, des vraies (c’est-à-dire, pas juste trois-quatre jours à galoper) : l’ami d’un ami me prête son appartement à Londres, joie, bonheur ! Je me sens fatigué, j’ai eu quelques petits pépins de santé ces dernières semaines, bref je « cale » un peu… Temps de prendre un peu de temps. Donc : farniente à Londres + concert de marillion à Lille. Ouaich ouaich.

#2312

Lorsqu’est sorti en salles le deuxième film de la trilogie de la « Guerre des étoiles », comme on disait alors, j’avais seize ans. Je n’avais pas vu le premier film, car j’allais extrêmement rarement au cinéma — ça ne faisait pas partie de la culture familiale. En dehors du Disney annuel lorsque j’étais petit, je suis fort peu allé au ciné étant môme. En fait, je me demande même si ce deuxième Star Wars ne constituait pas ma première sortie sans adultes au cinéma. En tout cas, je me souviens avoir également été voir vers la même époque une compilation de dessins animés de « Sylvestre et Titi » (c’était avant que cette tarte de Dorothée nous invente le terme de « Gros minet »), que j’avais adoré comme de bien entendu (ces deux personnages demeurent parmi mes favoris), ainsi que les Trois caballeros de Disney (qui m’avait somptueusement barbé : toutes ces chansons et toute cette drague hétéro, bââââille…). Mais il me semble que le Star Wars était mon premier film. Mes copains n’y allaient pas beaucoup non plus, au cinéma, je crois. En tout cas, on n’en parlait jamais. Ce dont nous parlions, c’était surtout de BD (qu’avec Trong Loc et Emmanuel je découvrais), de bouquins (avec ceux de mes amis qui lisaient : Éric et Greg, particulièrement Greg — notre passion commune pour Bob Morane et Doc Savage), un peu d’art et d’architecture (ben si : on n’était pas en ville nouvelle + à côté de la capitale pour rien), mais surtout de musique. Pink Floyd, Genesis, Tangerine Dream… Supertramp surtout, qui déchaînait notre passion… je découvrais Yes et Vangelis, d’autres aimaient Joe Jackson et Linda Ronstadt… Mais le cinéma ? Non. Pourtant, il y avait bien quelques salles, à Cergy-Pontoise : certaines aux « 3 fontaines », le grand centre commercial, et puis juste sous la pyramide inversée de la Préfecture se logeait un petit centre commercial, qui comprenait une autre salle de ciné.

C’est là qu’avec mon petit frère je suis allé voir les trois films déjà évoqués. J’avais vu à la télé la bande annonce du deuxième Star Wars, j’en avais discuté un peu avec Greg, nous étions très fans de SF, bref : ç’allait être formidable. Oué, bon. Ce ne le fut pas : j’ai trouvé ça sympa mais pas génial, plein de trucs faiblards. Et pourtant, j’en lisais, des daubes, à l’époque. Des Fleuve Noir « Anticipation », des Sheer & Darlton, des vieilleries américaines ringardes… Je n’étais pas blasé, du tout. Mais voir transposés tous ces clichés sur le grand écran, non, pour moi ça ne fonctionnait pas vraiment. Du cinéma, j’attendais plus qu’un mauvais roman ou qu’une série télé comme Cosmos 1999. Beaucoup plus.

PS : Et ne parlons même pas du troisième volet de la trilogie, qui me parut encore plus faible, limite ridicule, plein d’erreurs absurdes (faut pas être un génie pour s’aviser que la course-poursuite entre les arbres, eh bien les gars, à une telle allure ils devraient s’exploser sur les troncs vite fait bien fait).

#2311

Assisté hier soir à une première du film Après mai d’Olivier Assayas, en présence du réalisateur et de deux de ses jeunes acteurs.

Un film d’une grâce insolente, sur une jeunesse du début des années 1970, cette époque où l’on croyait que la révolution était proche. Séquence après séquence, vie quotidienne ou scènes de violence, Assayas ne juge pas, il porte même un regard plutôt bienveillant sur tout son monde, même si sa vision n’est pas dénuée de malice. Drôle et touchant, tendre et superbe… Chaque image est une leçon de cinéma — et à ceux qui croient que le cinéma français intello est « chiant », il faudrait expliquer la puissance d’un tel film, entre brutalité policière, combats de rue, attentat, incendie… Et pourtant tout cela coule, fluide, faussement tranquille. Avec une petite apparition de Johnny Flynn, chantant sur une pelouse italienne ; une musique seventies pur jus (première fois que j’entends du Soft Machine à fond dans un film) ; un très drôle moment sur Maigret, Simenon et Jean Richard ; et même des nazis et un dinosaure !

#2310

C’est avec une tristesse certaine que j’apprends la disparition de Georges Chaulet, le père de Fantômette. Ce grand auteur populaire est décédé le 13 octobre à l’âge de 81 ans, vient d’annoncer son éditeur, Hachette. Georges Chaulet avait créé Fantômette en 1961. Je suis justement en train de commencer à bosser un peu sur un Bibliothèque rouge consacré aux « jeunes détectives » (volume placé sous la direction de mon copain Vivian Amalric), et Richard Comballot envisageait d’interviewer monsieur Chaulet — hélas trop tard. J’ai relu plusieurs « Club des Cinq » déjà et dois aussi relire les « Fantômette », bien sûr. J’avais un peu correspondu avec Georges Chaulet il y a deux ans, quand l’auteur m’avait gentiment fait part de son appréciation du Dico des héros. Fantômette pour moi, c’est un gros morceau d’enfance: j’ai lu et relu tout ce cycle, qui me faisait beaucoup rire, dont j’avais adopté des tas d’expressions (car Chaulet était formidablement créatif, d’ailleurs ses intrigues n’étaient pas du tout répétitives), et je trouvais même que le coiffeur près de chez moi, à Angers, ressemblait d’alarmante manière au Furet… Plus tard, j’ai reconstitué ma collection au fil des Braderies de Lille, à l’amusement de mes petits camarades (je ramassais aussi les Mickey Parade, alors ils avaient nombre d’occasion de me taquiner).