#2056

J’ai actuellement une agréable correspondance avec madame Monique Groc-Chateau, la fille de l’écrivain Léon Groc. Et notamment, celle-ci m’a prêté deux photos de son père, que vous trouverez ci-dessous. Sur la seconde, elle est avec lui, et dans le fond est une montagne des bords du lac d’Annecy, qui avait inspiré l’auteur pour le décor d’Une invasion des Sélénites (l’un des trois romans figurant au sommaire du recueil récemment paru chez les Moutons électriques, La Cité des Ténèbres et autres voyages excentriques).

#2055

Les liens unissant le mythe de Babar a ma famille, c’est par exemple de dire, lorsque l’on doit être nombreux a l’arrière d’une voiture, que l’on va « se serrer comme des gogottes » (du nom des monstres qui accompagnent le grand Polomoche, dans les Vacances de Zéphir). Et hier encore ma tante et mon père évoquaient le monstre marin Tante Crustadèle, lui trouvant une ressemblance physique avec une arrière grande-tante que je n’ai guère connu.

Quant à cette dernière, j’appris d’ailleurs qu’un lien ténu existait entre Arsène Lupin et ma famille: le dramaturge Francis de Croisset, auteur d’une pièce sur le gentleman-cambrioleur, faisait partie des familiers de son salon parisien.

#2054

Babar et ma famille, c’est une longue histoire d’amour, toute une culture profondément ancrée. La collection en stock chez mes parents est donc en éditions originales: les immenses formats du Journal des Modes des années 30 (les Jean de Brunhoff) et les formats plus petit chez Hachette des années 50 (pour les Laurent de Brunhoff). Leur étude, par ailleurs, ne manque pas de sel: où le roi Babar a-t-il son royaume? En Afrique assurément, mais non loin d’une grande ville de colonisation française. Et si l’établissement du royaume est entièrement paye du denier de la vieille dame, en 1933, l’évolution de « la grande forêt » vers la civilisation se fait a une vitesse foudroyante. Ainsi le petit singe que Babar donne a la vieille dame – ce qui suggère un lien de sujétion des singes aux éléphants, avec peut-être un relent négrier -, ce petit singe, Zéphir donc, acquière-t-il très vite la citoyenneté et retourne-t-il chez lui a l’été 1936. Ce sont Les Vacances de Zéphir, certainement l’album graphiquement et imaginativement le plus beau de la série. Et l’on découvre toute une civilisation occidentalisée! Le progrès est partout – les militaires aussi: la société simiesque a pour souverain le général Huc.

Vingt ans plus tard, en 1954, le royaume des éléphants organisera l’équivalent d’une Exposition universelle ou d’une Exposition coloniale (!), dans La Fête de Célesteville. On découvrira alors que l’utopie socialisante autrefois fondée par Babar (avec huttes toutes semblables et palais du travail et des fêtes) est devenue une société capitaliste marchande ordinaire, très industrialisée. L’ancien mécanicien Olur s’est fait avionneur, bus et autos sillonnent les rues de Célesteville, un pont monumental mène à l’autre rive du lac, on a l’électricité, de nombreuses boutiques s’offrent aux consommateurs pachydermes (livres, bazar, épicerie, cycles, crèmerie, tabac), tandis qu’une presse pléthorique se vend au kiosque: j’aime particulièrement le journal « Trompe et corne » et la revue de fiction populaire  » Les aventures du capitaine Hoplala ».