Retour en France, le chant des merles et les roucoulements des pigeons remplacent les ricanements des mouettes. Week-end a la campagne, rythme lent, connexion bas débit. Je vais relire les Babar. Et finir la bio de Camus (ensuite je pense lire celle de Gaston Gallimard).
#2051
Au risque de décevoir mes lecteurs, s’il y en a, il faut reconnaitre que je n’ai pas grand-chose a dire sur Jersey. Psychogéographie malaisée, le contexte n’étant guère urbain (en dehors de la petite ville de St. Helier, la majeure partie de l’île est rurale). Que dire donc? Évoquer la dame dont le postérieur était si imposant qu’un instant j’ai songé qu’il s’agissait d’une centaure? Ou bien les jupes vraiment trop courtes de toutes les écolières? (à croire que tous ces chefs d’établissement sont un brin pervers) Une chose est certaine: je me serais aèré. D’un air sentant l’herbe et le terreau, comme toute campagne, mais qui porte aussi le ton fade de la vase, ce qui est plus original. Et la nuit, on entend le ricanement des goélands – ces gros volatiles ne dorment-ils pas? Ah, pour le reste, quel séjour ordinairement touristique. Genre troisième âge – on croise d’ailleurs surtout des cheveux blancs. Je pense à Miss Marple et Hercule Poirot, forcément. Je crois voir Barnaby et son adjoint attables a la terrasse d’un pub près des falaises. Je relirai Elizabeth Goudge avec un œil plus averti. Et d’un bus à l’autre, décorés en bleu et jaune comme ceux des environs de Londres, je me laisse tranquillement transporter par de petites routes étroites qui me font suspecter que la population locale a du poil sur les pieds. Sweet and quiet.
#2050
D’un côté de l’allée centrale, le slogan publicitaire est « Is your relationship going nowhere? », de l’autre c’est « Nowhere to turn? ». S’agit-il donc d’un bus pour neurasthéniques, ou bien l’existence à Guernesey est-elle donc si triste? En tout cas je n’ai pour la part rien trouvé de morne à ce trajet tout autour de l’île, à bord de l’autobus no 7. Des quais de St. Peter Port, la capitale de Guernesey (une très jolie petite ville), jusqu’au retour sur ces mêmes quais, le bus voyage durant une heure quarante, dans un paysage rurbain (c’est-à-dire une campagne très habitée, comme dans le sud de l’Angleterre) parfaitement et même presque trop ravissant: tout est absolument propre, peigné, impeccable. Je soupçonne le bailly d’avoir institué une police du bon goût: si tu ne t’occupes pas bien de ton jardin, si tu ne repeins pas ta façade, crac! Au trou. Sont fous, ces Anglais.
#2049
Room 309, un hôtel à St. Helier, capitale de l’île de Jersey. Tout près de la France, une véritable Angleterre en miniature, rigoureusement reconstituée. Sont forts, ces Anglais. Tout y est: le thé au lait, les jonquilles, les old ladies, les likely lads, les maisons pastel, la conduite à gauche, les robes à fleur de chez M&S, les jacket potatoes, les petites églises en grosse pierre qui arrondissent le dos comme un chat prêt à bondir, les voitures qui n’écrasent pas les piétons, la bruine, les livres sterling… Sauf que ces dernières ne sont pas Bank of England mais States of Jersey… Le touriste urbain que je suis se trouve presque étourdi par tant de grand air marin, on va dire que ce sera mon approche de la verdure de l’année, et je soupçonne que ça me suffira pour un bon moment. But that’s awfully nice. Imaginez un peu: se retrouver pour de bon dans le Pays du dauphin vert (je suis fan d’Elizabeth Goudge, one of my many perversions).
#2048
Arrêt en gare du Mans: de laides ailes de ptérodactyle couvrent les quais gris, devant une longue gare d’une navrante platitude un peu négligée. Ce genre ordinaire est finalement bien plus coupable, esthétiquement, que la franche laideur, qui avec le passage des ans peut parfois prendre un style. La gare du Mans s’avère en cela nettement plus lamentable que le parking années 70 en béton qui la jouxte.
Laval n’est guère mieux: mortelle Sibérie des sous-préfectures. Le faciès jaunâtre des façades ne présente que des regards hébètés, fenêtres béantes.