Chaque semaine, je me fais une joie d’ouvrir le nouveau numéro de Spirou. Tout n’est pas bon ni à mon goût, loin s’en faut, mais en 52 pages par semaine ça laisse de la marge. Et puis à l’instant j’ouvre le n°3776 et une double page cernée de mauve tendre me frappe l’oeil: « Jojo, un peu plus orphelin ». Le dessinateur André Geerts est décédé le mardi 27 juillet 2010. Merde. Merde-merde-merde. J’adore Jojo. Sous ses dehors gentillets, cette bédé me fait rire énormément, me touche aussi, c’est beau, c’est tendre, d’une intelligence formidable, et son dessin était d’une justesse épatante. Largement une de mes bédés favorites. Merde, quoi.
#1921
Journées avec les aventuriers : Simon Sanahjuas et Gwenn Dubourthoumieu sont passé à Lyon, pour apporter au galeriste de Bleus et originaux le matériel pour l’exposition des photos de Sur la piste de Tarzan. Nos baroudeurs voulaient manger lyonnais — mais allez trouver un resto ouvert le dimanche 15 août! Je leur ai donc préparé un repas bien lyonnais, puis ils ont vaillamment numéroté et signé les 70 exemplaires du tirage de tête de leur livre. L’aventure urbaine passa par une batterie à plat et une expédition postale, mais tout fut bien qui finit bien, avec un nouveau repas bien lyonnais le soir, chez les amis galeristes. Souvenez-vous : vernissage le 27, à partir de 18h. C’est rue Cuvier, dans le sixième. Le lendemain, autre ami, autre aventure, avec un repas « moléculaire » chez Fabrice Méreste — repas surprenant (c’était le but, après tout) et fort plaisant. Toutes ces sphères, ça fait très sci-fi seventies.
#1920
Et toi André, qu’est-ce que tu as fait, aujourd’hui? Eh bien moi, j’ai été me promener, depuis la rue des macchabées jusqu’à la rue des trois artichauts. Véridique. Grande promenade à travers les collines, en passant par le cimetière de Loyasse qu’apprécie particulièrement mon camarade Olivier — où je suis tombé sur la tombe des Berna – Sabran, soit donc la famille de l’auteur policier / jeunesse Paul Berna et de son frère l’illustrateur Jean Sabran. À l’entrée, la tombe ultra-laïque et géométrique d’Edouard Herriot. Paraît qu’il y a aussi celle d’un magicien nommé Maître Philippe, pas trouvée, faudra qu’on y retourne.
#1919
Revu Les Vacances de Monsieur Hulot. Période doublement propice, forcément: l’été, bien sûr, mais aussi mes travaux de mise en page actuels sur Les Nombreuses vies de Nestor Burma, dans l’incroyable silence de la ville en août — les années 1950, bien sûr. Chaque fois que je travaille sur un BR, je redécouvre ce charme de la collection: peindre le portrait d’une époque, des ambiances, des décors d’un temps. L’envie m’est donc venue de revoir Hulot — m’avait échappé sa ressortie restaurée, enfin. Longtemps que je ne l’avais vu, j’avais oublié certains passages. Magie des retrouvailles, alors: pour moi, Les Vacances de Monsieur Hulot ont définitivement un goût d’enfance. Parce que j’ai vu et revu ce film étant môme, puisque la télévision rediffusait l’un ou l’autre des Tati chaque été. Et puis dans mon imaginaire, la plage de St Marc sur Mer c’est également celle de St Brévin, en face, juste de l’autre côté de l’estuaire. Toujours ai-je eu l’impression qu’à regarder Hulot sur le sable, je voyais en quelque sorte les vacances de mon père, de sa famille. Monsieur Hulot, Gaston Lagaffe: des figures intimement liées à une certaine image que je me fis de ma famille, une couleur de ma jeunesse.
#1918
Amusant passage dans une nouvelle de Sexton Blake datant de 1917 (c’est-à-dire, donc, dans une littérature très populaire, Sexton Blake étant une sorte de Sherlock Holmes produit en masse, dans des textes hâtivement rédigés et emplis d’une naïveté enthousiaste). N’étant plus à une incohérence narrative près, l’auteur nous délivre soudain sa vision de la vie parisienne et intervient à la première personne… « And the first flush of dawn was tingeing the sky as they rolled into the Gare du Nord, and a horde of chattering porters and officials swept down upon them. Paris in the early dawn is a Paris rubbing its eyes drowsily and going to bed, wherehas in London that is the hour when the city awakes and the wheels of labour are set in motion. No one ever seems to work in Paris – at least, you apparently see no signs of toil. I don’t know whether it is because the industrial quarters are securely hidden away, or whether it is that the Parisian takes such a cheery pleasure in his work that it is not recognisable in that guise. »


