#1609


Trolls et brolls /2

Passent de sévères elfSS en tunique noire, mais aussi et surtout, des tas de jeunes gens aux oreilles pointues et aux vêtures élégantes, la mine tendre et l’air de bien s’amuser. Plus cynique que moi verrait dans cette foule d’elfes et fées matière à ricanements, j’ai trouvé ça plutôt attendrissant dans l’ensemble… et terriblement exotique! Que d’oreilles en pointe! Et puis, ça change agréablement des cheveux gris du roman noir.

Revu un copain que j’avais presque oublié, Milan (fichue mémoire) ; papoté et rit avec des amis zet relations auteurs. Un seul faisait grise mine, qui à force de cracher dans la soupe en a peut-être attrapé des aigreurs. Le tout sinon fut bon enfant, la nourriture médiocre mais l’ambiance enthousiasmante. Tout juste puis-je m’étonner de l’aspect purement mercantile d’un tel événement — des stands et des stands d’objets en cuir, de tentures criardes, d’hydromel aux spéculoos, de baguouses en forme de dragon, de fées en toutes matières et de trolls de toutes formes, le bon goût n’est guère au rendez-vous ; ajouter une ou deux conférences ne ferait tout de même pas de mal. Quand à Brian Froud, l’invité d’honneur, impossible de même le voir, c’est pour le moins regrettable… Ses originaux étaient somptueux, bien sûr, de même que les quelques sculptures de son épouse Wendy.

Mon retour fut vers Bruxelles, embarqué par Sara et Yal à bord de l’Ayerdhamobile. Même pas peur.

#1608

Trolls et brolls /1

Assis dans la cathédrale de Bruxelles, alternativement je lève les yeux sur l’orgue qui s’accroche à trois piliers au milieu de la nef — comme une sorte de joli champignon en bois clair, aux découpes géométriques d’art déco — et je les abaisse sur mon carnet, pour porter ses notes.

Il faut vous dire, j’avais été invité au festival « Trolls et légendes », à Mons. Sous la voute monumentale d’une arche de béton, il s’agissait, en pleine campagne belge, d’un marché pour fans de médiévaleries. Tout au fond, là où j’imagine que va ordinairement se loger le nez du dirigeable dont c’est sans doute le hangar, sont les bédéastes et les écrivains, sages derrière leurs tables.

Jamais encore je n’avais autant signé: près de 70 volumes en deux jours. Avisé libraire qui, connaissant les côtés « goth » du public, avait pris en plus de mes deux gros albums illustrés pour la jeunesse (ceux avec Fabrice Colin), également ma « trilogie noire » de la Bibliothèque rouge: Dracula, Frankenstein, Jack l’Eventreur. Cela partit fort, et je vendis même quelques Zombies! placés par erreur à mon nom…

#1606

Suite suisse /5

Eh, il serait temps que je finisse mon compte-rendu de week-end suisse, vu que je pars demain en Belgique… Alors, où en étais-je? Genève: ce fut mon étape suivante. Le camarade Vinx vint me cueillir à la gare, et tout de suite commença un séjour étonnament gastronomique… Ce n’est pas que j’avais mal mangé à Lausanne, du tout, mais à Genève Vinx me fit découvrir des choses inconnues en France. Tout d’abord, pour midi, il m’entraîna dans le « quartier chaud » afin que l’on mange un kebab. Rien que de très ordinaire, me direz-vous? Mais non: en fait, c’était bien un donner mais un shawarma, succulent sandwich de viande d’agneau plein de sauces différentes — miam! Ô combien différent des kebabs un peu secs que l’on consomme en France.

Tour du lac, promenade dans la ville, montée dans la vieille ville, minuscule mais belle, passage par les archives municipales pour que Vinx me fasse consulter un vieil ouvrage — à la complète stupéfaction de la bibliothécaire revèche, qui ne doit pas souvent voir des touristes —, ce fut une journée très dense et formidablement enthousiasmante. Il faut dire que Vinx est toujours d’une énergie communicative. Pause dans un bar, le temps de boire un délicieux jus de gingembre, puis nous allâmes rendre visite à la mythique librairie de bédé Papiers gras, dont le maître des lieux nous reçu avec chaleur. Nouvelle arrêt, sur une belle esplanade, pour un « thé de menthe ». On se raconte nos vies, Vinx me montre l’arbre selon lequel on détermine à Genève l’arrivée du printemps, puis direction le tramway, pour rentrer chez lui.

Vinx nous fait descendre largement avant son arrêt, pour que nous puissions cheminer dans un bout de forêt, au bord d’un étroit canal. Soudain, l’animal me sort que c’est chouette que ce soit de nouveau la saison de l’ail des ours. La saison de quoi? Tu ne connais pas?! s’exclame-t-il et derechef de sortir du sentier: le tapis de feuilles vertes, là, tout le sous-bois, c’est de l’ail des ours. Il se baisse pour m’en cueillir un brin, le froisse: une piquante odeur aillée. Et ça se mange! Vinx en ramassa deux petites poignée et, chez lui, les lava soigneusement avec de les piler, puis, mélanger à du beurre, d’en faire des tartines. Eh, c’est bon — un peu comme si l’on mangeait une tartine de ciboulette, c’est frais, piquant, vert.

Arrive sa copine, qui ne va pas tarder à passer à la télé — son blogue culinaire et une campagne contre les fruits hors saison en ont fait une « gloire » locale. (zut, zut, je ne retrouve plus sa carte, pour vous indiquer l’adrelle) Après le journal télé, nommé ici le télé journal, nous reprenons le tramway: par chance, leur restau érythréen favori est ouvert aujourd’hui. Oui, érythréen. C’est-à-dire, la même chose qu’un restau éthiopien, entre nous soit dit. Et tout aussi fameusement bon, d’une copieuse rusticité — on mange avec ses doigts, en saisissant la viande fondue dans la sauce avec des morceau d’une sorte de crêpe. Délice.

#1605

Suite suisse /4

Comme pour me faire mentir, mon ami Fred Jaccaud s’évertua tout au long de la journée qui suivit à me faire profiter de l’aspect strictement urbain de Lausanne. Des rues, des escaliers, des ponts, des bars, et même une salle de concert — le « Romandy », je crois, un de ces lieux typiquement djeun’s mais sous des voûtes anciennes assez impressionnantes —, cette fois je cris que j’ai vraiment fait à fond connaissance de cette ville. Je ne soupçonnais pas, d’ailleurs, qu’elle fut aussi haute: naïvement, je m’imaginais que la cathédrale constituait le point le plus élevé. Mais non, mais non, ça ne cesse de grimper, derrière! Étonnant. Et bien que l’inaptitude architecturale et urbanistique règnent en maîtres, hélas, je lui trouve une réelle séduction, à cette ville — mais il est vrai que je suis aisément séduit par une ville, ma foi, amoureux comme je le suis de ce type d’habitat humain.

Le lendemain, déjeuner avec un ami qui m’est cher, Julien Cordebar, qui a monté une école de dessin qui marche bien. Il m’amène dans un joli restau où, amusement, je suis déjà allé la veille: dans une agglomération aussi petite l’impression de familiarité s’instaure vite.

Ensuite, je prends le train avec Fred direction… Yverdon-les-Bains! Car l’ami, bientôt nommé conservateur des livres de la Maison d’Ailleurs, a eu l’excellente idée de vouloir me faire visiter icelle. J’y avais déjà été il y a longtemps, lors d’une convention organisée à Yverdon. Récemment agrandie d’une nouvelle aile, elle a bien changé — et n’est pas du tout finie de réaménager, j’ai donc les honneurs d’une visite privée. Petite discussion avec le boss, Patrick Gyger, que je n’avais jamais encore eu l’occasion de croiser. Avec une légitime fierté, il me commente l’animation sur les voyages extraordinaires, m’explique l’accrochage et me fait faire le tour des deux nouvelles salles — celle de la collection Jules Verne et celle, ô bonheur, des pulps. Admiration! Les locaux sont de toute beauté, les aménagements réellement remarquables, les fonds rien moins qu’époustouflants. Moi qui me suis découvert ces temps derniers un nouveau goût pour la SF ancienne (histoire d’explorer des territoires de l’imaginaire que je n’avais encore que trop peu arpentés), je suis épaté de contempler en vrai de belles reliures d’Henri de Graffigny ou de Georges Le Faure, et tout ces pulps, mama mia, je bave d’envie de les compulser. Les couvertures exposées sont merveilleusement chatoyantes, les couleurs vives et chaudes.

Nous traversons la nouvelle passerelle, très esthétique et audacieux trait d’union en architecture contemporaine entre les deux bâtiments. Tour des salles abandonnées pour le moment, des compactus en cours de tri, des bureaux flambant neufs… Dire que je suis enthousiaste est un euphémisme. J’avais déjà adoré la Maison d’Ailleurs autrefois, quand elle était serrée dans l’ancien commissariat et alors que son conservateur de l’époque, un politicien à grande gueule, se contrefichait visiblement des livres. Maintenant, avec un conservateur aussi érudit et un nouveau bibliothécaire itou, et dans des locaux aussi bien pensés, bonheur. Depuis toujours, je mets un point d’honneur à fournir au musée un exemplaire de tout ce que je publie en science-fiction — une sorte de « dépôt légal » volontaire (c’est mon côté militant). Je suis assurément revenu de Suisse avec la conviction plus forte que jamais de l’utilité d’un tel musée-bibliothèque.