#1479

Jack, début (sans les notes de bas de page)…

Avant toute chose, pour entamer une étude de Jack, il convient d’examiner sa seule parcelle d’identité connue : son prénom.
Jack.
Pour un lecteur français, ce bref prénom n’évoquera aucune résonance culturelle particulière. Mais pour un Anglais ! Ouvrons le Brewster Dictionary of Phrase & Fable, cet incroyable compendium de la culture populaire britannique à travers ses noms et ses phrases. À la lettre J : deux pages et demi de « Jack ». Eh oui, car voici un nom qui recouvre bien des choses dans l’imaginaire de l’archipel britannique… Diminutif traditionnel du prénom John, Jack est devenu un terme générique pour les garçons, les hommes, les maris… bref, tous les mecs, et une forme familière d’adresse en sein des marins, ouvriers et autres membres masculins des classes laborieuses. Appliqué à un animal, Jack signifie « mâle ». Appliqué à certains articles, le mot connote en général une petitesse, une infériorité d’une espèce ou d’une autre : ainsi un jack est-il par exemple un drapeau de petite dimension (installé sur le jackstaff à la proue d’un navire : d’où la désignation d’Union Jack pour le drapeau britannique). Enfin, un jack est le nom de nombre d’objets et d’outils qui rendent inutile l’usage d’un assistant.
Jack : quatre lettres pour tout désigner.
Jack Adams (un idiot), Jack-a-Dandy (un snob), Jack-in-office (un officiel pompeux), Jack-o’-lantern (un feu follet), Jack Sprat (un nain)…
Et le matériau des légendes, aussi : Jack, dans le folklore, c’est celui qui grimpe sur la hampe géante de haricot pour atteindre le pays des géants dans les nuages (et y dérober la poule ou l’oie aux œufs d’or) ; c’est celui qui se vante d’en avoir tué « sept d’un coup » (des mouches, pas des géants) ; c’est la personnification du vent d’hiver (Jack Frost) ; c’est le petit gars qui monte une colline avec sa copine Jill pour aller chercher de l’eau (une nursery rhyme) ; c’est le « Petit Jack Horner » qui vole une prune (une autre nursery rhyme) ; c’est le Jack-in-the-Green des fêtes de ramoneurs du 1er mai (une forme adolescente de l’Homme vert) ; c’est Jack l’immortel farceur (trickster), toujours en difficultés mais toujours présent…
En résumé, Jack signifie « mâle », avec souvent une connotation de ruse, de débrouillardise… Et qui dit homme rusé, dit que le Diable n’est pas forcément très loin… D’ailleurs, il faut bien dire qu’à Londres, au moins, il n’est jamais bien loin.
Ainsi, en 1189, les braves citoyens de Londres décidèrent de réaliser un sacrifice des Juifs de la ville « à leur père le Diable », un holocauste qui occupa les habitants durant plus d’une journée…
En 1221, des créatures volantes maléfiques furent observées au-dessus de la ville, de « méchants esprits dragons ».
Si grande était la crainte du Diable dans laquelle se trouvaient les Londoniens que les plus riches d’entre eux avaient pris la coutume, à l’époque médiévale, de se faire enterrer dans une bure de moine dominicain — pour mieux éloigner les démons. Enfin, les témoignages abondent, à toutes les époques, d’apparitions diaboliques à Londres. « L’un des devoirs du Diable est de parcourir les prisons. Coleridge et Southey l’imaginaient en train de faire le tour de la fameuse Coldbath Prison, et d’admirer l’intérieur des cellules d’isolement. Byron appelait Londres le ‘salon du Diable’. ».

#1478

Terminé les maquettes de Conan et de Fiction tome 8 (du moins, dans l’attente du retour des corrections d’épreuves). Idem depuis un bon moment pour le Nouveau Cabinet des fées (mais les épreuves corrigées par un érudit helvète semblent avoir été perdues par la poste, darn!). Le hardcover d’Avant l’Hiver de Léa Silhol vient enfin d’arriver (retardé deux fois par un imprimeur interloqué par la jaquette — ça nous apprendra à faire arty). Le Malaussène est déjà chez l’imprimeur. Et j’ai fait la base de maquette d’un agenda pour une asso. Je suis donc provisoirement libéré de ce type de travaux… En route pour l’écriture!

J’avais bien prévu de consacrer mon mois d’août à l’écriture, et c’est un véritable plaisir. Chaque fois que j’attaque un gros projet, je ressens une douce excitation, les doigts qui me démangent et le cerveau qui pétille… Enfin, quelque chose comme ça. Installé donc hier matin le petit ordi sur la table du salon (plus de place pour étaler la doc, et quelques degrés de moins dans cette pièce par rapport au bureau). Tâches du mois: enfin finir le Jack l’Éventreur, enfin finir Science-fiction, les frontières de la modernité. Écrire une nouvelle (si possible). Faire un article. Yeah!

#1476

Routine actuelle: chaque matin, lire vingt ou trente pages du nouveau roman de Xavier Mauméjean, Lilliputia. En écoutant un peu de Satie, pour ponctuer le calme matitunal. Solitude d’été, rien ne bouge.

Oeuvre étonnante, décollant du réel pour brosser la fresque d’une cité factice toute peuplée de nains parfaits, de petites personnes réunies là pour les besoins d’un immense parc d’attraction. Réalisme magique, je pense à Mark Helprin, à Roland Fuentès, à Rhys Hugues. Et suis fasciné par cette lecture inorthodoxe, qui se savoure et ne cesse de me surprendre.

#1475

J’en discutais l’autre jour avec un ami: je ne peux parler de tout ce qui m’intéresse, sur ce blog, et par conséquent je « zappe » généralement la bédé et la musique. Pour cette dernière, la raison en est que j’ai l’impression à la fois qu’il est excessivement difficile de parler de musique de manière intéressante — en tout cas, intéressante pour quelqu’un qui ne connaît pas déjà ladite musique ; et puis, parce que pour moi, finalement, la musique est quelque chose d’assez intime. Souvent l’objet d’un partage avec une autre personne. Ainsi par exemple de cette compil que mon ex-coloc m’a envoyé par mail morceau par morceau durant cette fin juillet. De petites merveilles de jazz-rock Canterbury douces et folles comme je les aime. Ou bien cet opéra d’André Campra que vient de me copier Ugo Bellagamba, « Tancrède », fruit du travail de redécouverte et d’orchestration de son grand-père à l’époque où il dirigeait l’ensemble instrumental de Provence, avec son oncle au clavecin. Ou bien encore tel ou tel artiste « ça le fait grave » génie de la semaine selon Axel (et parmi ses enthousiasmes de l’année — scolaire — passée, j’ai tout de même conservé Elvis Perkins, Andrew Bird, Tuung et le jazz éthiopien). La musique, c’est une émotion très personnelle, la BO de relations humaines qui me sont chères.

Pour la bédé, il en va autrement: c’est simplement que j’en lis tant, que je ne trouverai jamais ici le temps d’en rendre compte. La série complète de Mushishi trouvée chez mon bouquiniste favori. Le deuxième tome de L’Idôle dans la bombe de Jouvray (bon sang que j’adore ce que fait ce mec!). Deux Michaël Steckerman déjà un peu anciens chez Atrabile. Les beaux albums de Lehman et de Colin chez l’Atalante. Le plaisir inattendu de découvrir dans le Spirou de cette semaine que Dodier ressuscite sont vieil et ô combien attachant personnage de Gully. Relire tous les Choucas de Lax dans la belle reliure noir et blanc. Me faire les délices pervers du machisme ringard et de l’esthétique atroce des Luc Orient de Paape dans la troisième intégrale qui vient de sortir. Dévorer les tpb de Tom Strong et ceux de ce qui est assurément une de mes bédés favorites de ces dernières années, les Fables (oh chouette, la dixième reliure m’attend chez mon dealer de comics). Et j’en passe, et j’en passe: je suis « accro » de bédé, et en lit en permanence, par petits moments de détente.