#48

Allez: « les livres que j’ai lu au début de l’été et dont je n’ai pas encore parlé » (j’avais passé une semaine en Catalogne, et m’étais emporté une bonne pile de bouquins…), deuxième: The Big U de Neal Stephenson. Une oeuvre de jeunesse de l’auteur de Cryptonomicon, récemment rééditée (in English, as usual… — et ça aussi je l’ai lu pour un éditeur, mais l’auteur coûte vraiment très cher, donc pas évident qu’on lise ce roman-là en France de sitôt…).

American Megaversity est une colossale expérience architecturale — en plus d’être une énorme université. Ou plutôt: était. Noir originaire du Sud et jeune prof assistant récemment débarqué à la Big U, Bud entreprend de nous brosser un portrait de la fameuse université dans sa dernière année de vie — trois semestres allant en un crescendo de folie, jusqu’à une fin complètement apocalyptique.

Le roman commence de manière très « relax », en nous présentant une poignée d’étudiants plus ou moins copains avec le narrateur: Il y a Klein et son odieux voisin, le proprio du « Go Big Red Fan » (un ventilateur colossal et bruyant qu’il utilise pour refroidir l’intérieur de sa massive chaîne hifi). Klein et son voisin de chambre se livrent à une guerre sonique sans merci — l’un étant fan de classique, l’autre d’heavy metal. Pour sa part, Casimir Radon est un jeune homme timide, que Bud rencontrera à leur arrivée commune à la Megaversity — en empruntant tout les deux les escaliers de secours, qu’ils découvrent vite être un impitoyable labyrinthe clos, que personne de bonne sens n’utilise jamais!

Petit à petit, on croise d’autres individus: la très sérieuse et intello Sarah (qui se retrouve logée dans une des tours à l’étage des fofolles écervelées), la grande gueule lesbienne Cynthia, les activistes pseudo-marxistes (ils se disent staliniens — les SUB), les activistes mormons (les TUG), les activistes rôlistes (menés par l’halluciné Fred Fine — les MARS), les activistes « p’tits cons » (d’abord nommés les Wild & Crazy Guys, puis comme les choses dégénèrent franchement, les Terrorists), les crétines sans cervelle, le « nerd » informatique Virgil, le facho Dex Fresser, le clodo anar Bert Nix, le grand chef suprême de l’université S.S. Krupp… Et puis, last but not least, les hordes de travailleurs de l’ombre, les trapus, poilus, gueulards et très mystérieux hommes à tout faire — d’origine crotobaltislavonienne…

Les choses montent lentement: d’abord, Bud nous conte surtout des sottises potaches, des extravagances de mômes… Puis des incidents inquiétants font déraper peu à peu la vision que l’on a de cette université: outre que son architecture est carrément cinglée (un colossal bloc de béton planté au bord d’un échangeur autoroutier, sur lequel sont plantées quatre tours immenses, et sous lequel s’étendent des kilomètres de salles de cours, de cafétarias, de couloirs, d’amphis, de labos — le tout éclairé crûment par des néons uniquement — et d’égouts!), les étudiants tendent à y perdre le sens de la réalité & se laissent aller à tous les débordements, saugrenus et irresponsables. Des modes idiotes apparaissaient, des armes circulent, un bal masqué dérape en viol collectif, des chauves souris volettent un peu partout dans la Megaversity de plus en plus détériorée, des rats géants (!!) bouffent un rôliste dans les égouts, les Crotobaltislavoniens magouilles des trucs pas nets, de véritables guerres éclatent dans la Cafet’, des religions psychédéliques commencent à faire leur apparition (toutes centrées sur l’adoration d’un objet mécanique et hypnotique, genre une essoreuse à linge — ou mieux: la Grande Roue, cette immense enseigne publicitaire qui trône agressivement non loin de la Megaversity), Fred Fine le rôliste en chef s’imagine que son univers de jeux est en fait la réalité & la Megaversity une sorte de vaisseau à la Star Trek flottant entre un univers technologique et un univers magique (il est raide cintré mais assez convainquant, surtout en regard de la déglingue généralisée), etc etc.

Étrange. Oui, très. Mais j’ai bien aimé. Pour faire une comparaison, je dirai que c’est un roman à ranger du côté des auteurs « branchés » actuels qui font une sorte de littérature générale pas franchement réaliste et assez humoristique — genre Linda Jaivin, Steve Aylett ou Nick Hornsby, par exemple. Avec quelques degrés de délire en plus, quand même! Survolté, extravagant, The Big U est un roman emplie d’un humour potache énAUrme, qui demande une solide « suspension de l’incrédulité » mais qui se savoure avec surprise & amusement.

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