#194

Mon gentil correspondant, qui aime avoir le dernier mot, persiste & signe à propos des nems chua (m’en fous, j’viens de manger le dernier):

Tsk. J’ai tendance à penser que « fermenté » est une traduction un peu facile du mot anglais « fermented ». J’aurais tendance, étant donné la présence de tinh dans le nem chua, à employer plutôt le terme « macéré ». Comme ça, en plus, c’est à mi-chemin entre nos deux positions. C’est pas gentil, ça?

Si, si… 🙂

#193

Harald T. Nesvik, parlementaire norvégien de droite, a nominé le premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair et le Président des États-Unis George W. Bush pour le Prix Nobel de la Paix (!), pour « leur action décisive contre le terrorisme, quelque chose qui sera dans l’avenir, je pense, la plus grande menace pour la paix. »

On croit rêver… 🙁

Le site de Charles W. Johnson vous propose de pétitioner contre une aussi scandaleuse proposition.

#192

Ah quand même! Le savoureux nouveau film d’Altman, Gosford Park, sort enfin en France. Si vous aimiez les films de James Ivory sur l’Angleterre, je vous recommande très chaudement de vous précipiter voir le Robert Altman: c’est un plaisir de tous les instants!

Lire par exemple les deux papiers que lui consacre Télérama — revue ô combien « culture officielle » que je ne fréquente guère, mais là leur point de vue me convient. Si ce n’est bien sûr que je ne saurai dire, comme eux, que le sous-genre du film britannique en costumes a été « quasi épuisé à force de surdécoration et d’affectation compassée » par James Ivory — quelle sottise, comment peut-on proférer de telles absurdités!? Quel snobisme mal placé…

Le film de Robert Altman est beaucoup plus léger, certes, il est en fait essentiellement ludique. La partie « enquête criminelle », avec Stephen Fry dans le rôle d’un incompétent envoyé de Scotland Yard tenant beaucoup de Jacques Tati (hommage volontaire?), est même carrément humoristique, comme le sont les commentaires au téléphone que fait le réalisateur hollywoodien, en parallèle d’une partie de l’enquête (là, il y a un peu de Woody Allen). Mais sa légèreté n’en fait ni le supérieur ni l’inférieur à des chef d’oeuvres comme Retour à Howard’s End ou Les vestiges du jour — il s’agit simplement d’un autre angle d’attaque sur un sujet proche.

Enfin bref: Gosford Park est un pur régal pour anglophiles.

Noté par la même occasion qu’une soirée Théma allait être consacré dimanche, sur Arte, à Sherlock Holmes: chic alors.

#191

Un gentil correspondant me sermone au sujet de mon entrée du 17 sur l’épicerie chinoise: « Pourrie »? « Faisandée »? N’importe quoi!! Je suppose que tu parles des nems chua, et c’est pas faisandé, c’est *mariné*.

Ouaip, ce sont bien des nems chua, en effet. Mais il me semble que le terme « mariné » convient encore moins que « faisandé ». En fait, ainsi qu’il est marqué sur la petite étiquette, il s’agit de viande de porc fermentée. C’est du fait de cette fermentation qu’on ne peut consommer les nems chua qu’à partir d’une certaine date — et jusqu’à une autre date, bien entendu.

Ce qui se rapproche énormément de la technique du faisandé, I say, isn’t it?

En tout cas: miam (si!). 🙂

#190

> Noté jeudi:

À chaque fois que je vais dans cette épicerie, je suis fasciné. Enfin, épicerie, disons plutôt: supérette. Or whatever. C’est pour moi l’endroit de Lyon le plus singulier, le plus diamétralement exotique.

Des rangées & des rangées de produits inconnus, étrange(r)s, des légumes biscornus qui flottent dans des bocaux comme des bouts de machins dans du formol, des sauces aux noms imprononçables (mais qui semblent toutes comporter le mot « chili » dans leur présentation en anglais, lorsqu’il y en a une), d’autres légumes, frais ceux-là, plus extraterrestres que tous les mets alignés dans la cambuse de Neelix (in Star Trek Voyager), & des pâtes, & des brioches toutes blanches, & des bonbons tous verts, & des friandises gluantes & translucides, & de la viande pourrie (enfin, faisandée) emballée dans de tous petits paquets roses, & des boissons en canettes bariolées, & des feuilles sèches, & des granulés mystérieux, &…

J’adore faire mes courses dans cette supérette!

Précision utile: c’est dans le quartier chinois.

En ressortant de la boutique aux merveilles exotiques, chargé de sacs, je rate le tramway, zut. Attendant la prochaine rame, je vois passer un jeune homme… Oh, écrire « beau » serait quelque peu en-deça de la réalité. Un rouquin, un vrai: cheveux en feu & peau blanche, parfaitement blanche. Pas même des taches de rousseur pour troubler le lait de son visage. Les arcades sourcillières légèrement tombantes, les yeux creusés, le nez droit & de belles lèvres luisantes, pas une beauté classique, mais fascinant. Ah, et puis les cheveux longs, ai-je oublié de préciser. J’aime les garçons aux cheveux longs. Son cou gracile, presque trop long, ajoute encore à sa grâce étonnante. Du regard, je suis cette apparition féerique, jusqu’à ce qu’elle entre dans le bureau de tabac — et qu’arrive mon tram.

> Noté vendredi:

Vernissage ce soir. Une petite expo d’Ambre à la librairie Passage(s), sur la presqu’île. Je réalise à quel point cela fait longtemps que je ne me suis pas promené en ville, lorsque je découvre que cette librairie (modéremment nouvelle, en fait) se situe tout près de l’hôtel de ville. Je deviens trop casanier… Enfin, l’expo est l’occasion de sortir un peu. Belle boutique, toute en longeuur. Peu de dessins, en fait: vraiment une petite expo! Deux peintures jumelles m’attire tout particulièrement — aquarelles, des arbres. Ambre me dira qu’il s’agissait de projets pour la couverture de son deuxième album chez Six pieds sous terre. Dommage: les essais étaient bien plus beaux, bien plus saisissants, que le montage final.

Chaque fois que je vois un expo d’Ambre, qu’il s’agisse de peintures ou d’illustrations pour des BD, je suis sidéré par son talent.

Ambiance feutrée d’un vernissage habituel — quelques copains avec lesquels papoter, dont certains pas vu depuis longtemps.

> Noté samedi:

Un client en caisse: jeune, cheveux blond/roux (strawberry blonde diraient les anglosaxons) coupés au bol, le teint clair & de grands yeux d’un bleu sombre, les lèvres pleines, des fossettes se creusent dans ses joues lorsqu’il sourit — et il sourit beaucoup. Un visage angélique, digne d’un modèle de chez Bel Ami.

Sauf qu’il porte une balafre sur la joue gauche, comme une craquelure qui se serait ouverte dans la peinture d’un Michel-Ange.

Et le plus curieux… C’est que cette balafre semble renforcer sa beauté. Une beauté d’autant plus forte qu’elle est imparfaite.