#303

Lectures bédéphiliques…

Je ne fais pas ça très souvent, mais une fois n’est pas coutume je m’étais laissé séduire dans le catalogue Previews par un petit comics indépendant dont je ne connaissais pas du tout l’auteur — et qui débutait juste. Rover par Michael Foran, chez Monkeysuit Press.

Bien m’en a pris: c’est vraiment très sympa, très intrigant. Une bédé muette, N&B bien entendu s’agissant d’un indépendant, narrant (montrant!) les péripéties d’un petit robot (le Rover du titre) sur une planète qui lui est inconnue. Il rencontre un indigène gentil, des indigènes pas gentils, des bestioles bizarres… Si le principe ressemble assez aux Frank de Jim Woodring, en revanche pour l’ambiance on est plutôt du côté de l’enfance, de la tendre naïveté à la Winnie-the-Pooh… Vraiment, ce Rover est joli comme tout & je tacherai de mettre la main sur les numéros suivants lorsqu’ils sortiront.

En matière de comics, il est très (trop) fréquent que j’entasse pendant longtemps les numéros sans les lire — pour enfin me décider un jour & tout dévorer d’un coup. C’est ce que j’ai fait il y a quelques jours avec la série Ruse, de chez CrossGen.

Je savais que ça me plairait, pensez donc: un univers pseudo-victorien, avec un enquêteur pseudo-holmèsien dans une métropole pseudo-londonienne… Le tout avec un petit « twist » de fantasy, puisque la belle (assistante? partenaire?) du détective, Emma, est douée de pouvoirs magiques (sur la nature & l’origine desquels nous sommes toujours sans explications — ce devrait être une intrigue majeure pour le futur, je suppose).

Et je ne fus pas déçu: le génial détective, Simon Archard, a un caractère de cochon & zéro social skills mais un panache terrible lorsqu’il s’agit de remettre la main sur un mystérieux criminel. Emma Bishop est opiniâtre & amusante. Les personnages & les dialogues ne décollent pas d’une correcte manière typique du comics mainstream, c’est-à-dire un peu trop rapide & manquant de subtilité, mais c’est plaisant, le scénariste Mark Waid connaît son métier — à défaut d’avoir le talent d’un Alan Moore ou d’un Warren Ellis, il sait divertir.

Le dessin? Oh, c’est de cette sorte de « nouveau kitsch américain »: du réalisme hyper-léché au point d’en être mignard, rehaussé de couleurs informatiques aux effets tape à l’oeil & froids. Gageons que ce style vieillira très vite — mais là encore, je m’en accommode pour une fois (lu aussi, il y a peu, la première reliure de The Magic of Aria, dans le même gabarit mais en fantasy urbaine).

Ruse propose un univers à la Holmes assez amusant & décalé pour retenir l’attention d’un fan de detective story victorienne, je pense. Que donnera la reprise par un autre scénariste, au n°13? Attendons voir: je viens de lire les onze premiers fascicules & me suis bien amusé, c’est déjà ça.

Para-Holmes encore… Je me suis un peu moins amusé, en revanche, à la lecture du nouveau « Dick Hérisson » par Didier Savard (chez Dargaud). Pourtant, j’ai toujours été un grand fan de ce (trop discret) dessinateur — depuis ses tous débuts, puisque plus jeune je lisais la revue gauchiste marseillaise Méfi!, où il débuta. Hélas, que se passe-t-il? En fait, je suis inquiet: non seulement le dessin de ce dixième tome est-il assez médiocre depuis le début (trait imprécis, comme si l’auteur avait encré avec un feutré abîmé), mais vers la planche 34 ça se détériore terriblement — et à la planche 40 c’est l’horreur, des anatomies bancales, une page vide, des personnages mal fichus & un trait effiloché! Didier Savard est-il malade? Mince, quelle déception: j’attendais avec impatience ce nouvel opus des enquêtes paranormales du Harry Dickson provençal… Quoique l’intrigue soit bien fichue, tout de même. Mais le dessin…

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