#579

Lyon-St Etienne

Huit minutes. Huit minutes que le train a quitté la gare & déjà Lyon n’est plus qu’une toute petite ville nichée au creux d’une vallée, sous ses collines, là-bas derrière les arbres. Les herbes folles couvrent le bas-côté, je sais que nous sommes en fait à l’orée d’une zone industrielle mais là, à cet instant, dans l’illusion d’optique procurée par cette courbe des voies, des buissons se couvrent de fleurs blanches, de jeunes feuilles au vert encore si tendre qu’elles sont presque jaunes brillent au soleil. De Lyon je ne distingue plus que trois clochers, au-dessus de la mousse des cîmes: l’arondit gris & noir d’un clocheton bourgeois, la pointe de flêche jaunâtre d’une église & le triangle brun-rouille du Crayon. Les nuées blanches-azures glissent sur leur ventre plat, salit de grisaille. Le vert vibrant d’un bois tranche sur le château d’eau qui le domine, anthracite, trainées de suie sur nuages profonds.

Un femme raconte derrière moi sa vie au contrôleur, 42 euros depuis Bruxelles, elle est partie de la gare du Midi, elle venait de Cologne en Allemagne parce que son fils y habite, oui c’est une très jolie ville, mais j’y vais surtout pour voir mon fils vous comprenez, et vous vous êtes d’ici?

D’ici où? Nous ne sommes nulle part, une brume lumineuse s’effiloche dans le ciel, des trous bleus crient au beau temps. Un petit pont s’est effondré dans le fossé. Soudain, une longue file de voitures me cache le paysage: au deuxième étage? L’embouteillage immobile s’aligne sur le pont supérieur d’un autre train. Grises, noires, perles: qu’elles sont tristes, ces automobiles. Des boîtes en fer, luisantes, dérisoires.

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