#598

Lu: A Woman of the Iron People d’Eleanor Arnason. Un roman de science-fiction paru en 1991 & depuis considéré comme un « classique moderne ». Il y avait longtemps que je voulais le dire.

Placé sous le signe du dialogue, ce roman suit pas à pas la rencontre de deux cultures, l’une d’origine terrienne, l’autre extraterrestre. La Terre a envoyé un vaisseau d’exploration, plein de scientifiques cryogénisés, qui se sont réveillés à l’arrivée (après plus d’un siècle de voyage) autour d’une planète visiblement habitée. Ce vaisseau est issu non pas d’une seule nation terrienne, mais d’un effort concerté de l’ensemble des nations, ce qui explique la nature disparate des enjeux et cultures représentés au sein de l’équipe: chinois communistes, russes soviétiques, africains, européens, américains de diverses ethnies… Car sur Terre au 22e et 23e siècle le temps a été au grand nettoyage de la planète, malade et presque mourante des abus des siècles de capitalisme. Les Etats-Unis particulièrement malades ont éclaté en une multitude de communautés, anarchistes, tribales, etc, tandis qu’ailleurs ce sont souvent des états communistes qui ont été instaurés ou réinstaurés. Le maîtrre mot du focntionnement à bord du vaisseau est le dialogue: il y a des comités pour tout. Et il a finalement été décidé d’envoeyr à la surface de la planète un petit groupe d’ethnologues, chassant devant être déposé de manière isolée en un endroit précis des deux continents.

Lixia est une jeune femme, larguée sur le continent principal. Derek est un brillant aborigène américain, lui aussi largué sur ce même continent. Ce seront els deux seuls ethnologues à parvenir à se maintenir sur place et à établir quelques contacts avec les indigènes. Et ce’st donc leur périple que ce roman suit.

Les indigènes sont de type humanoïde, mammifères bipèdes etc, mais couverts de fourrure. Leur société ne connaît pas l’industrialisation, ni même les cités: sur les deux continents sont des villages, très éloignés les uns des autres, et parfois intinérants. Dans chaque communauté/village n’habitent que els femmes, avec les enfants pré-pubères et, à la périphérie, quelques vieillards qui vivent retirés autour du village. Les hommes pour leur part partent du village à la puberté, pour aller vivre dans la nature sauvage, seuls. Les hommes sont hautement territoriaux et ne supportent pas la compagnie des autres. Ils ne rencontrent les femmes que lors de la saison de l’accouplement, c’est tout, leurs autres contacts ne consistant qu’en quelques échanges furtifs de marchandises, échanges ritualisés, et quelques affrontements (surtout verbaux) avec d’autres hommes lors de disputes territoriales.

Les ethnologues terriens butent immédiatement sur ce problème de société: s’ils sont des homems ils sont refusés par les villages, considérés comme des pervers. En tant que femme, Lixia est acceptée, elle. La tradition veut en effet que toute étrangère soit logée et nourrie durant le temps de son passage. Les brassages de population sont faibles, mais existent. Ainsi, Nia est-elle une femme du clan du Iron people qui, exilée de son village pour perversité sexuelle (elle est allée vivre avec un homme), s’est installée dans le village du clan du Bois pour y reprendre son activité de forgeronne. Ce genre de déviances sexuelles sont rares: en général, les hommes refusent tout contact, ne sont absolument pas sociables. Nia pour sa part s’est retrouvée durant un an ou deux à vivre avec un homme, en parias de leur société, par suite de coïncidences et d’un contexte issu de son enfance.

Lixia et Nia vont se rencontrer, décider de cheminer ensemble pusique Nia est en route pour un long périple qui lui permettrait de revenir dans son village natal, pour prendre des nouvelles de sa famille. C’est ce long cheminement qui forme l’essentiel du roman, une narration à la fois pondérée, systématique, et néanmoins captivante tant toute ‘lécologie et la société présentées sont étrangères, différentes, étonnantes. Les péripéties ne manquent pas non plus, toujours de manière très réalistes. Ainsi les deux femmes vont-elles rencontrer un saint homme, l’oracle de l’Esprit de la Chute d’Eau, qui va attacher ses pas aux leurs – il est rare qu’un homme devienne un véhicule des messages des esprits, mais cela peut arriver, et celui-ci est considéré comme un fou sacré, Nia déjà passablement habitué à fréquenter un homme accepte donc sa présence. Puis celle de Derek, qui ayant été chassé du village qu’il avait tenté d’approcher, a décidé de rejoindre Lixia en dépit des ordres donéns par le vaisseau. Le quatuor improbable va ainsi voyager du sud au nord du grand continent.

Cependant que dans le vaisseau, les débats se poursuivent pour ou contre un contact plus important avec les indigènes. L’un des chefs scientifiques s’y oppose, Eddie, qui d’origine amérindienne craint que les massacres et l’aculturation de tant de peuples terriens d’antan ne soient involontairement reproduits. Les russes pour leur part voudraient s’installer sur la planète. Tandis que les chinois veulent une médiation des indigènes eux-mêmes.

Une expédition étant montée pour secourir Lixia et derek (victimes d’un naufrage sur un grand fleuve), un petit camp terrien est installé sur le territoire du clan du Iron People et finalement des délégations demandent à la shamanesse du clan de trancher: les terriens doivent-ils rester, et si oui dans quels termes?

La fin du roman, en forme d’épilogue, suit encore Nia dans ses pérégrinations, ses rencontres avec d’autres indigènes qui nous permettent d’avoir un eptit aperçu de ‘lévolution des contacts entre les habitants de cette planète et le contingent des terriens – qui ne peuvent de toute manière pas vraiment repartir, la Terre ayant trop changé durant leur long voyage (un fait que certains russes leur avaient caché, en manipulant la teneur des messages de la Terre: en fait de poursuite de la stabilité communautariste et communiste post-capitaliste, la société terrienne s’est de nouveau globalisée et a évoluée d’une manière qui semble incompréhensible aux membres du vaisseau spatial, tant elle est différente, même scientifiquement).

Enorme et lent, ce roman ne lasse pas pour autant: il s’agit au contraire d’une oeuvre incroyablement riche, captivante, qui exerce une rélle fascination par sa pratique constante de ce que les marxistes nommeraient la dialectique: dialogue, tout est dialogue dans les échanges entre personnages et sociétés. Il est d’ailleurs asez amusant que constater que, tout comme Alexei Panshin dans le superbe & trop méconnu Rite de passage (auquel ce roman fait beaucoup penser, plutôt plus finalement qu’à du Ursula Le Guin, même si l’on songe forcément à certaines oeuvres de cette dernière – mais sans sa raideur sérieuse un peu ennuyeuse), l’autrice pourtant étatsunienne ne voit que le socialisme comme avenir de l’homme. Son style est simple mais élégant, son humour léger mais toujours présent, son approche de la narration donne un excellente impression de réalisme. Il n’est pas étonnant qu’une telle oeuvre ait été saluée comme un chef d’oeuvre a sa parution, en 1991, et demeure depuis considérée comme un classique moderne. C’est bien le cas: une oeuvre forte, intelligente, d’un degré de maturité assez rare dans le domaine de la science-fiction, et d’autant plus remarquable qu’elle ne s’accompagne pas d’une esbrouffe stylistique outrecuidante comme chez Crowley ou Delany, mais demeure parfaitement lisible de manière « lambda », avec une structure d’intrigue linéaire qui permet la digestion aisée d’un nombre pourtant conséquent d’informations et de réflexions.

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