#606

A Reminiscent Drive (bordel 2)

Madame Zimmermann, une grande et grosse femme aux cheveux d’un faux blond criard, était ma proprio. Vérité ou légende, on m’avait dit qu’il s’agissait de la veuve d’un ancien caïd local, ce qui expliquait qu’elle protège les quelques filles du « dernier carré »: une atroce d’une cinquantaine d’années, le cheveux poivre-et-sel et la tronche piquetée de petite vérole, la silouette cependant bien droite et toujours aimable; et deux nettement plus jeunes, une blonde et une châtain. La noiraude officiait plus haut dans la rue Léon-Valade mais les deux filles siègeaient de chaque côté de la porte de mon immeuble.

Vérité ou légende, encore, Madame Zimmermann protégeait les trois filles sans rien trop demander en échange, sur la force des relartions de son défunt mari. Une rue libre, en quelque sorte.

Une rue bien vilaine, en tout cas: uniquement bordée d’immeubles bas, deux ou trois étages, sans style ni charme, grisâtres, fenêtres bouclés et portes sales, deux-trois rues en berne, usées. Puis une rue moins triste, façades blanches, Madame Zimmermann habitait là, en haut de quelques marches. Et un peu plus, l’unique boutique du « dernier carré » — une échoppe de « surplus militaire », comme une bouche sombre dans l’alignement clair, encore obscurcis par les pendeloques, les fringues en étendard, vert bidasse et tachées pour le combat. Tout ce que je déteste, jamais je n’y suis entré.

(to be continued)

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