#610

A Reminiscent Drive (bordel 4)

Les deux filles trônaient généralement sur chaque bord de la porte, telles des cariatides un peu vulgaires. Assises sur l’appuie de leur fenêtre au volet éternellement clôt. Elles lisaient beaucoup, uniquement des Harlequin.

Après avoir poussé la porte, vous remontiez la pénombre d’un bref couloir — deux chambres de chaque côté. D’abord les deux chambres de la blonde et de la châtain, puis sur la gauche une chambre que je ne vis jamais occupée, et sur la droite la chambre d’un couple. Un très beau garçon et une très vilaine fille. Cette dernière traînait dans le milieu gay, elle se prétendait lesbienne. J’en connaissais plusieurs qui se faisait ainsi passer pour ce qu’elles n’étaient pas — par quelle idée tordue d’une certaine « branchouillitude » cela faisait-il mieux de se dire homo qu’hétéro, alors que l’on commençait tout juste à vaguement entendre parler d’une nouvelle maladie, le sida? Mais si éloignée, si américaine… Michel Foucault ne devait mourir que l’année suivante.

Pas loin du « dernier carré », aux abords de la place Gambetta, un petit bar à la simplicité rétro s’emplissait en permanence de mômes aux cheveux en pétard et yeux noircis de khôl, comme autant de clônes d’Indochine. Combien d’entre eux ne faisaient pas que singer les moeurs gays? En tout cas, la vilaine gigue de mon immeuble, la pseudo soeur de Lesbos, vivait bel et bien avec l’un des plus jolis garçons de Bordeaux. Et elle ne faisait pas que vivre, car l’immeuble n’était pas insonorisé.

(to be continued)

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