#618

Avant de partir en vacances, j’ai terminé un article sur Lewis Carroll (en fait, la préface d’une prochaine anthologie chez Mnémos sur le thème d’Alice), et j’y parlais des « langueurs estivales ».

Pour être d’un temps pas exactement estival jusqu’à présent (douce grisaille et frimas quasi automnaux), ces congés s’inscrivent malgré tout sous le signe des langueurs. Peu de lecture, beaucoup d’écriture, quelques marches dans les vignes et dodo tôt. Le besoin s’en faisait sentir. Un temps pour la réflexion et la lenteur.

Quelques balades extérieures, tout de même. Le château de la Chatonnière avec ses jardins bien tracés et, surtout, ses champs fleuris comme dans un tableau de Monet.

Et puis une virée à Angers, pour visiter le musée des Beaux-arts tout nouvellement rouvert. Toujours ma passion pour les musées en général, et les musées de province en particulier. Sans déception: pas un très grand nombre de toiles, mais toutes de qualité. Avec deux coups de coeur dans la salle d’art moderne: « Remorqueurs à Rouen » (1903) d’un certain Albert Lebourg, impressionniste normand au rendu lumineux de nuées chargées d’humidité, d’une brume légère et d’une barge fumante: des eaux, luisantes, fondues dans le ciel. Un « Soleil couchant sur l’Oise » par Charles-François Daubigny, à la touche magistralement impressionniste contastant avec le rendu lisse et propre de son confrère Chintreuil, alors que tous deux appartenaient à la génération de Barbizon. Mais chez Daubigny, toute la subjectivité de Monet et Cie est déjà à l’oeuvre. Sinon, Monet justement, avec un prêt d’Orsay, le fameux « Train dans la campagne » – qu’un commentateur situe dans le Bois de Boulogne, tandis que selon mon paternel il n’y a jamais eu de train au Bois de Boulogne, il s’agit plus certainement de Vincenne. Son maître Eugène Bouduin est à ses côtés, pour une marine délicatement ourlée de blanc et de bleu.

Un grand tableau emplie de fraîcheur verte nous semble être de Berthe Morisot, mais erreur: un certain Lebasque, belle imitation. Louis Vallat avec des rochers brûlants à la Van Gogh et un médiocre pointilliste complètent ce panorama dix-neuvièmiste. Juste en dessous, le XXe, qui outre les croûtes/fumisteries habituelles propose un Maurice Denis trop gentil, un Picabia trop lourd, un p’tit peintre angevin mineur, un Van Dongen d’un vilain vert et un Valat hâtif. Mouais. Pas affreux, tout ça, mais rien de transcendant. Mais enfin, peu importe: la salle des paysagistes du XIXe suffit à mon bonheur.

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