#722

>> Paris Sibérie (4)

La force, la magie érudite, des expositions de peintre tient en la réunion en un même lieu de tableaux qui, le reste du temps, sont inaccessibles et/ou trop dispersés pour pouvoir être considérés d’un seul tenant en dehors des livres, dans leur réalité même. Ainsi de l’expo Jean Puy, au musée Marmottan, qui offre au regard la pâte épaisse et les teintes vives du peintre de Roanne, avec des toiles en provenance aussi bien de Belle-Isle, de Lyon, de Roanne ou de diverses collections particulières.

Contours rugueux, grands aplats, teintes pures, le fauvisme possède une élégance de la naïveté et dégage une vibration lumineuse, un vrai bain de jouvence. Cependant, je ressens peu d’émotions devant Jean Puy: est-ce la marque d’un peintre mineur? C’est de la belle illustration, mais manque dans tout cela un sentiment qui irait au-delà de la simple excitation des couleurs — comme par exemple la mélancolie de Marquet. N’étant pas historien de l’art, non plus que critique de peinture, je ne saurai définir la différence que je ressens. L’émotion, telle le désir, est (comme le dit le sous-titre d’un film récent) un étranger que l’on croit connaître. J’attends en général d’un tableau qu’il démange mon for intérieur, qu’il dégage en moi une tranquille et fugace infusion de bonheur esthétique. Tout juste puis-je noter que, dans la salle suivante, un lumineux Alfred Lebourg et un tout petit Henri Le Sidaner me remuent: la peinture n’est pas pour moi une réflexion mais une émotion, une synesthésie entre la couleur, la composition, la touche… En ce sens, il est logique que ne me « parle » pas la peinture d’avant la moitié du XIXe siècle: c’est l’expérience subjective, que j’aime, pas une technique et un fini.

Par chance, il n’y a absolument personne dans la salle Monet, au sous-sol: personne donc pour voir mon sourire sot, un rictus de joie qui me tend les lèvres rien qu’à contempler ces locomotives fumantes et ces nymphéas émiettées. D’avantage les premières, de fait: le spectacle de la ville et de l’industrie me concerne toujours plus que celui de la nature. Alignées, trois toiles à gauche de l’escalier me piquent les yeux: deux locomotives et une rue enneigée. Rose du ciel, bleu-gris de la neige, ombre mauve des machines, jets de vapeur…

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