#795

Quatre jours délicieux et cependant intensifs en cette énigme qu’est Valenciennes. Qu’on ne s’y trompe pas: cette ville n’existe pas. En témoigna pour moi, à peine entamé mon périple, les difficultés que rencontra la sncf à mettre en place le tgv destiné à relier la Gare du Nord à celle de Valenciennes. « Problème de mise en place matériel » fut la phrase exacte de la fille dans le haut-parleur. Eh, c’est que Valenciennes n’existant que dans un état de flux, il convient que la sncf parvienne à canaliser les rails selon un trajet provisoirement stabilisé en direction de cette poche de réalité.

Mais enfin, avec retard, je suis bien arrivé. Et comme je ne suis guère sorti, ma venue n’a donné du travail aux accessoiristes et décorateurs qu’en peu d’occasions: lors de mon arrivée, qui me permit d’admirer qu’en bon tératologue, le sieur Mauméjean loge face à un véritable monstre — une église bulbeuse et véruqueuse ; puis ma sortie pour aller admirer les quelques trésors de peinture du XIXe siècle recelés par le musée des Beaux-arts (Pissaro, Le Sidaner, des splendeurs de Carpeaux, un enfant du pays) — cette fois-là l’on exhiba à mon attention un lycée terriblement Troisième république que domine la silhouette outrecuidante et apoplectique d’un château d’eau géant de type Napoléon III ; et enfin, le plus gros effort de la part de la municipalité, la promenade de retour jusqu’à la gare — où tout de même les figurants semblaient plus relaxés, au point que dans la rue des ouvriers s’afféraient encore à installer la réalité.

A ce propos, écrivant ces quelques lignes dans le train qui me ramène à Paris, je passe justement devant ce temple de la contingence, cette sublime usine à réel qui pose solidement la transition de Valenciennes à notre monde habituel: une prétendue centrale thermique au bord de la voie, qui toise sévèrement le passage du tgv du haut de ses tours callipyges et fumantes.

Pour le reste, que dire? Je fus surtout dans le nid d’aigle, tout en haut de Mauméjean Manor, à réécrire l’histoire du point de vue de Sherlock Holmes. 180 000 signes, 72 pages, en 4 jours. Nous sommes fiers de nous. De ce bureau clos de vieux polars, je n’ai guère émergé, au point que je n’ai même pas pris le temps d’admirer les deux poissons rouges de la petite Zelda (nommés Vermine et Chacal, si j’ai bien compris).

Valenciennes n’existe pas, mais il y fait très chaud. Et allongé dans l’herbe du jardinet, se discerne l’esthétique faux-semblant de cette ville, sous la forme d’un immense acacia trop beau pour être vrai, dessiné d’un pinceau habile sur le vaste bleu du ciel. J’ai entendu dire que Valenciennes avait dépensé pour ma visite toute la réserve de beau temps de l’année: merci Laurence, merci Xavier — et merci Zelda.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *