#963

Dans mon expérience, les salons du livre dans des bleds sont le plus souvent une forme ou une autre de galère, mais aussi des expriences… étonnantes. Admettons tout de même que je n’avais encore rien vécu d’aussi « autre » que ce festival du polar de Lens. A part peut-être une convention de SF dans la région de Liége. Mais enfin: 7e édition, excellente réputation, qui aurait cru ça? Oups: toute l’équipe avait changé. Et allez savoir comment la communication a changé avec: pas un chat. Où se trouvait le public qui, me dit-on, se pressait ici les années précédentes?

En tout cas, lesrues sontpleines de fourgonnettes de CRS, des indigènes passent par grappes colorées de jaune et de rouge, j’ai même vu passer un gros monsieur avec un énrome tambour, de la même couleur. Ciel bas, maisons basses, quand ai-je quitté la France pour le Groland? Si je n’étais pas avec des copains, j’aurai presque peur.

Mon dernier bouquin, étonnamment chroniqué dans la feuille de chou locale (eh: troisième fois que je suis dans La Voix du Nord)n est non moins étonnament absent de ma table. Ne pas croire cependant, à lire ce maussade compte-rendu, que le week-end fut triste. Outre les conversations avec les copains, avec quelques dessinateurs aussi, je me suis amusé à observer les autres auteurs.

Impressionant à la fois de familiarité et de dépaysement. Je ne connais pour ainsi dire auucun nom, absolument aucun visage, et pourtant j’ai la sensation d’être… comment dire? Dans un festival connu mais passé de l’autre côté du miroir. La vieille dame là-bas? Ce n’est pas Norman Spinrad mais réellement une vieille dame. Le gros homme? Ce n’est pas Jean-Claude Dunyach mais un polardeux. Tel chevelu? C’est n’est pas, ah si, tiens, c’est bien Thierry Reboud. Chaque visage, chaque silhouette semble étrangement connue: les auteurs sont un peu tous les mêmes. Moi aussi, bien sûr.

Et de festival en festival, les chicanes, les défauts sont les mêmes: la bouffe de cantine au resto le soir, le vin piqué, l’organisateur aussi, mais au vif… Pas banal, par contre: de la carbonade de boeuf à tous els repas (sauf au petit-déjeuner); la fanfare bulgare grinçant et hurlant au beau milieu des tables; la gare en art-déco défraîchi arrondissant son double dos dans le jour déclinant; les façades de brique lugubres; la base de loisir nommée Anne Franck (quel bon goût); dans le véhicule de l’organisateur, la radio qui sussure en flamand… Dans ce pays, ils font même des blattes en chocolat: merveilleux. Mufflins, vous dis-je… Je suis presque surpris que Francis Kuntz ne vienne pas interviewer Johan Heliot ou Xavier Mauméjean… Sur la nappe du resto, la nappe reproduisant de vielles publicités locales: un nom attire mon attention, « Ruaud, vendeur de graines d’élite, tél. 010-61 ».

Le lendemain, toujours le vide sidérant. Vendu exactement 12 bouquins en 2 jours. Plusieurs rencontres très agréables avec des auteurs, fort heureusement. De clients, fort peu. Une grosse dame achète à Johan Heliot sa novella sur Hitler: « Vous comprenez, je m’occupe des patients en fin de vie, il faut que je me change les idées ». La musique du générique de « Au-delà du réel » commence à me siffler aux oreilles.

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