#1168

Depuis septembre, deux expositions m’intéressaient, au MAC de Lyon (musée d’art contemporain) et… je n’y allais pas, pris par le tourbillon de mes travaux scripturaux et éditoriaux. Le 31, enfin, venant d’achever un gros « truc » et me sentant plaisamment libéré, j’ai donc décidé d’aller me promener un peu. Je me rendis donc en bus jusqu’au parc de la Tête d’Or: il s’agit d’un splendide et immense parc à l’anglaise, plein de grands arbres, de vastes pelouses et même, d’un beau lac sur lequel trône une île façonnée pour ressembler au tableau de Böcklin, « L’île des morts ». Je n’y vais que trop rarement. C’est certainement un tort et j’ai apprécié ce jour-là le calme des lieux, la beauté patricienne des demeures 1900 qui le bordent, la mine gourmande des canards, les sculptures d’inspiration mythologique, le vert humide de l’herbe et les alignements des troncs… D’autant qu’il n’y avait pas grand-monde, en ce jour de fête — à part les habituels rangs de pantins mal fagotés et haletants, qui avancent au petit trop le long d’une allée de bordure.

Je cheminais ainsi jusqu’au bord Rhône du parc, en sortant par la roseraie. De l’autre côté, s’élève un remarquable ghetto pour riches, récemment érigé. Dans le temps, il y avait là les bâtiments blonds et sévères conçus pour la « cité internationale » par Tony Garnier, le grand architecte art-déco de Lyon. Las: en dépit de l’opposition de Jack Lang, qui un temps parvint à sauver les lieux, tout cet ensemble admirable est tombé, victime des bulzdozers et de l’appétit foncier. Car alors que la municipalité Noir nous avait promis que le parc s’étendrait ainsi jusqu’en bordure de fleuve, la municipalité Barre s’empressa de tout vendre, barrant ainsi la vue d’une alignée de bâtiments privatifs — à se demander qui étaitent les plus corrompus. Ceci dit, il faut bien reconnaître qu’ils sont beaux, et même superbes, ces immeubles: certainement les plus intéressants jamais construits à Lyon depuis 50 ans. Jean Nouvel a fait là merveille, dans de longues barres élégamment couvertes de plaques spéciales en tuile rouge. L’ensemble respire le luxe, et la barrière de sécurité érigée à l’entrée de la rue, avec pour excuse la présence d’Interpol, confère à cette large artère arborée un caractère de ghetto friqué tout à fait étonnant.

Un pavillon de Tony Garnier, tout de même, a été gardé. Même pas le pavillon central, qui pourtant demeura longtemps indemme, mais un pavillon ordinaire — dernier et tout de même somptueux souvenir de cette réalisation des anénes 30. C’est là que le MAC est hébergé, derrière cette façade blanche tranchant magistralement au coeur de l’ensemble rouge et inox. Mais, deux expos disai-je. Dont c’était le dernier jour. L’une concernait le « Septembre de la photographie », l’autre trois jeunes artistes japonais.

Je n’ai guère encore l’habitude de voir des expos de photos et, j’avoue, en demeure toujours un peu perplexe: pourquoi ces artistes-là plutôt que d’autre? Il me semble qu’il n’y a rien de plus courant que les bons photographes, alors, pourquoi tel ou telle exposent-ils dans des musées, plutôt que, par exemple, mon oncle Jean ou mon voisin Cyril, tous deux excellents photographes? Quels critères sont-ils appliqués, n’est-ce qu’une question d’entre-gens et d’ambition des artistes? De belles pièces, en tout cas, dans cette expo. Et quelques autres qui m’ont semblé flagrantes de pauvreté. Le tout, cependant, globalement un peu affaibli par des choix thématiques qui m’ont semblé grossièrement « branchouilles »: presque exclusivement des vue urbaines de coins moches/post-indus, à Tokyo, New York, en Inde et en banlieue parisienne. Tout cela est d’un convenu…

Les trois nippons élèves de Takashi Murakami, en revanche! Quelle claque… Je n’ai guère apprécié les travaux de Mr, trop proches à mon goût des délires pédophiles d’Henry Darger — l’innoncence en moins. Les deux filles, par contre, m’ont sidéré: les peintrues érotiques d’Aya Takano et l’imaginaire science-fictivo-fantastique de Chiho Aoshima… Quelle force! Notamment le dessin animé de cette dernière, un long travelling arrière s’étendant sur quatre grands écrans plasma… Wow! L’esthétique manga trouve là une ampleur, un impact visuel, qui m’émerveille. Très loin des absurdités du prétendu « art contemporain » qui ne sévit que trop de par le monde occidental, et dont, assez ironiquement, le 3e étage du musée est en permanence une triste illustration: cette fois, un amas de pelotes de fils et quelques poutres en bois traversant une pièce. M’est avis que le fonds permanent du musée (qui n’est pas exposé ailleurs que de manière « tournante » en ce 3e étage) n’a guère d’intérêt… Alors que, de tableaux en statuettes, de peluches géantes en estampes, de film d’animation en fresque murale, cet art contemporain japonais n’hésite pas à s’étendre depuis la tradition ancestrale jusqu’aux « produits dérivés » de l’art commercial.

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