#1298

Sous un ciel ripoliné de blanc-gris égalisant tout dans une lumière atone, sans doute idéale pour si morose voyage, je me décide à emprunter le nouveau tramway, la ligne T3, occupant l’ancienne voie de l’Est. Je l’ai tant aimé, ce chemin ferré à l’abandon, qui traçait une coulée de verte friche au coeur de la ville, juste derrière chez moi. Je m’y suis tant promené, de jour comme de nuit. Souvenirs liés à chacun de mes colocataires, mais aussi à d’autres amis, à mes parents, à beaucoup d’errances solitaires bien sûr ; à des bouquets de fleurs sauvages, au parfum des budleias, à des jardins secrets, à une brèche dans le mur d’un parking, à une longue virée nocturne, à une nouvelle que je publiai au Québec… Maintenant, cet espace a été aseptisé, ordonné, mis en rails luisants et en herbe rase. Demeurent quand même des paysages post-industriels, notamment cette grande usine près de la gare de Villeurbanne, pas encore abattue, dressant pour le moment encore sa haute silhouette (dans ma tête, je l’ai toujours nommée « le château »). Le tram file doux, loin, égalise les décors. Seule surprise: cet aperçu d’un lac immense, à un détour de Décines, comme un extrait de Suisse greffé au coeur de la banlieue morne.

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