#1654

Il y a peu, j’ai reçu en service de presse un exemplaire de 100 chefs-d’oeuvre incontournables de l’imaginaire, chez Librio, un mince guide de lecture concocté par Jérôme Vincent, Éric Holstein et Thibaud Eliroff. Je me demande un peu à qui cet érudit fourre-tout peut bien s’adresser, mais la sélection, pour sa part, me semble très satisfaisante — pleine d’heureuses surprises, telles Le Diable amoureux de Cazotte ou Simulacron 3 de Galouye.

Là où j’ai tout de même un regret, c’est concernant J. K. Rowling… Avec tout le respect et l’amitié que j’ai pour les trois compilateurs, dire que la série des « Harry Potter » ne présente aucune originalité ni dans son intrigue, ni dans ses personnages, ni dans son univers, c’est hâtif, et annoncer que le succès vint d’un plan marketing sans précédent, c’est erroné. Le succès naquit du bouche à oreille, pas d’un cynisme mercantile. Et moi qui vient de relire l’intégralité des Rowling presque d’un coup, loupe en main et en prenant des notes, je peux vous assurer que mon admiration pour la dame a encore grimpé d’un cran.

Stylistiquement il n’y a rien à redire (contrairement à la V.F., fautive à quantité de niveaux), et narrativement c’est remarquable. Nos chroniqueur confondent simplicité avec manque d’originalité, mais en fait Rowling est d’une culture sidérante et aucun élément n’est gratuit, elle n’utilise pas des lieux communs mais bel et bien des archétypes, et a nourrit son univers de toute la matière folklorique et ésotérique. C’est d’une richesse réjouissante, en plus d’un humour piquant, d’une vision fort peu politiquement correcte, et d’une solidité de construction remarquable. Loin de la superficialité qu’on lui attribue souvent, cette oeuvre a une profondeur passionnante. Quant aux personnages, s’ils sont bien entendu les héritiers de plusieurs traditions différentes (celles du héros orphelin, de l’apprentissage de la magie et des récits d’école), ils sont aussi étoffés, vivants. Mon amie Isa me disait l’autre soir qu’on ne les voyait pas assez changer, en vieillissant — ce qui n’est pas vrai pour Harry, qui prend de l’assurance et un joli sens de la répartie. Enfin, le casting secondaire, très vaste, recèle quantité de figures que chacun d’entre nous aura pu déjà croiser dans sa vie — Vernon Dursley me fait penser à mon défunt grand-père maternel, le professeur Slugorn au prof de théâtre d’une école que je connais bien, quant à Dumbledore il a pour moi le visage de feu mon mentor Patrice Duvic… Bref, c’est admirable de justesse et d’intelligence. Chapeau.

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