#1669

GRA, acronyme de la « Grande Réunion Annuelle » de la famille. Chaque été, les Nérisson, ma tante Solange et mon oncle Patrick, organisent cette amusante et très agréable garden party à l’Essart. Comme son nom l’indique, cette propriété se love à un flanc forestier, celui de la Forêt domaniale de Chinon. De mes lieux d’enfance, il s’agit du dernier encore entre des mains familières.

Autrefois simple pavillon campagnard de mon grand-père, l’Essart a pris ses aises, ses bâtiments grandissant et ses terrains prenant un peu d’ampleur de manière à tenir à distance un peuplement rural galopant. La vieille cave est devenue une jolie mare, le néflier n’est même plus un souvenir, mais je renoue tout de même ici avec une partie de mes souvenirs, de mes attachements enfantins. Moins de monde cette année que les précédentes, mais je retrouve avec la joie habituelle ces visages connus, cette chaleur bonne enfant, et j’écoute, surtout, plus que je ne parles. Le clan Nérisson se trouvant en majorité, l’on évoque le mythique et controversé patriarche, André Nérisson, figure pour moi un peu mystérieuse — ses écoles de voile (le nom des Glénans est pour moi d’un grand exotisme), ses femmes, son petit rôle dans un épisode de « Maigret », sa disparition un jour avec son bateau (parti en fait refaire sa vie au Québec)… Toute une légende. Lui-même est mort depuis longtemps, et sa première épouse, dont la présence royale était encore ferme l’an passé, vient de s’éteindre. On me dit qu’elle avait conservé nombre de mes bandes dessinées d’enfance, ainsi que des exemples de la monnaie qui servait alors de support à mes rêveries éditorialo-artistiques.

La traditionnelle promenade en forêt, en défiance de la météo automnale, me fit redécouvrir le sentier qui, autrefois, nous permettait de relier l’Essart à la maison d’une autre tante, de l’autre côté. Avec la coupe des arbres et le foisonnement du sous-bois, ce chemin si longtemps utilisé avait semblé disparaître. Je le retrouvais avec plaisir, précaire, rétrécis, mais encore discernable — comme le dit mon cousin Yves, la végétation a totalement changé mais l’on reconnait le terrain si bien connu autrefois, telle approche presque à l’orée ou tel fossé coupant le chemin. Avant d’arriver à l’Essart, le sous-bois devient une véritable jungle, serrée, touffue, et ce sont seulement les biches qui entretiennent le sentier, que ma tante débroussaille tout de même un peu de temps à autre.

1 réflexion sur « #1669 »

  1. Le patriarche évoqué est peut-être mythique maintenant, mais il apportait tellement de vie et de passion où il passait. Avez-vous lu dans « Un même souffle pour tous » où sous le nom de Jean Debray il écrivit « La dernière croisière du Destour » ? Car il y eut aussi la Tunisie, les Glénans bien sûr, et l'Ile de Ré. Il fut aussi bûcheron au Canada, publiciste et, par-dessus tout un ami fidèle.

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