#1778

Lu (ou relu) les neuf tomes de De cape et de crocs. C’est aux sources de l’imaginaire science-fictif que plonge cette formidable saga : Don Lope de Villalobos y Sangrin, le noble hidalgo, et son compagnon d’aventure le gentilhomme français Armand Raynal de Maupertuis, évoluent dans un univers qui tient tout d’abord de Voltaire (avec aussi l’Avare de Molière), emprunte aux récits de piraterie et aux voyages des grands explorateurs, puis plonge tout droit dans l’œuvre de Cyrano de Bergerac — en montant sur la Lune, astre d’utopies pacifistes, de poésie comme seule monnaie et de figures stylistiques incarnées dans le paysage. Le moindre des miracles de cette bande dessinée sans pareille n’est pas de parvenir à toujours rebondir, à toujours surprendre, à esbaudir et à faire frémir, avec tant d’éléments apparemment disparates. Les beaux exploits du loup et du renard (ainsi que d’un petit lapin) résonnent des échos des sciences, philosophies et fantasmes des XVIIe et XVIIIe siècle, alexandrins et vers galants forment l’essentiel des échanges, ça grimace et ça galope, ça ferraille et ça pourfend, et au scénario furieusement culotté d’Alain Ayrolles répondent les dessins incroyables de précision et de surcharge (pourtant éminemment lisible) de Jean-Luc Masbou. Un miracle de jubilation.

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