#1955

Ces derniers temps, j’ai replongé dans la fantasy urbaine. Assurément, c’est là un vieil amour pour moi — Julien m’a montré l’autre jour, à mon grand amusement, que la fiche Wikipédia française sur le genre me citait plusieurs fois. Mais il y a des hasards, aussi: celui qui fit que Bruno m’a conseillé de regarder un film indé américain, Ink, au moment où je lisais, aiguillé par Charles de Lint, les romans de Kate Griffin chez Orbit (A Madness of Angels et The Midnight Mayor). Je venais déjà de lire Rosemary and Rue, premier d’une série mêlant de nos jours à San Francisco polar et féerie (fantasy urbaine, donc), par Seanan McGuire. Et puis, j’ai découvert toujours par hasard les deux téléfilms australiens de 2009 Alice. Positivement brillants! et totalement fantasy urbaine, puisqu’une jeune femme prénommée Alice passe par accident dans le Pays des merveilles… mais que celui-ci ne s’est pas figé dans le dix-neuvième siècle, il a évolué et, en notre vingt-et-unième siècle, le Wonderland a lui aussi des gratte-ciel, de l’électricité, du design, des engins…

Est-il besoin de préciser que j’ai adoré tant Ink que Alice? Le premier est de fait le premier cas que je rencontre de véritable fantasy urbaine à l’écran, dans une esthétique parfaite retranscrite — jusqu’au côté souvent un peu « clinquant » du genre, dans ses effets de nuit, de reflets au néon, de brouillards, etc. Il y a, depuis longtemps, une vraie esthétique de la FU et la voir bouger sur écran m’enchante et me fascine.

Sur son blog, un boss d’Orbit US (Tim Holman) déclare que « Much of the discussion concerning the general state of the SFF market tends to ignore urban fantasy. However, remove urban fantasy from the current SFF bestseller charts, and they collapse. Most of the bestselling authors disappear; many of the most successful new authors launched over recent years disappear; many of the authors with most rapidly growing sales disappear. Remove urban fantasy and a very different picture emerges of the state of the SFF market. » Voilà qui est rafraichissant! Mais en réalité, il englobe majoritairement dans ce mouvement ce qu’en France l’on nomme la « bit-lit » (généralement nommée paranormal romance en américain). N’empêche qu’aux marges, il émerge dans toute cette production populaire anglophone une belle part de « véritable » fantasy urbaine, et de plus en plus, au fur et à mesure que pour étendre le phénomène bit-lit les auteurs recherchent de nouveaux angles d’attaque, des cadres narratifs allant au-delà de la tueuse de vampires. Les éditeurs français n’ont pas encore pris la portée de toutes ces évolutions — seul Eclipse prend d’emblée la totalité des courants populaires actuels en considération, et je trouve ça très intéressant. Mouvements à suivre.

14 réflexions sur « #1955 »

  1. La fantasy urbaine, on ne sait pas trop comment ça se délimite, au cinéma. Harry Potter en est déjà, en partie, de même que L'APPRENTI SORCIER avec (beurk) Nicolas Cage. Quelle est la définition exacte de L'IMAGINARIUM DU DR PARNASSUS, fantasy urbaine ou juste fantastique? ROGER RABBIT, bon sang, c'est quoi?

    Comme tous les genres de l'imaginaire, elle s'est déjà infiltrée partout, en fait.

  2. Hmm… Commencé à regarder ALICE. C'est pas désagréable, quelques trouvailles astucieuses. Mais je ne vois pas beaucoup de surnaturel et de magie là-dedans, voire pas une once; juste une science inconnue de nous.

    Donc, plutôt que de la fantasy urbaine, j'y verrais plutôt du steampunk, franchement.

  3. Oui, oui…

    Donc, 2001 et son monolithe incompréhensible, ce serait de la magie et 2001 de la fantasy? Faut prendre du recul et réfléchir à ce que Clarke exprime dans cette loi. Il dit l'inverse: que la SCIENCE, à un certain degré de sophistication, peut passer pour de la MAGIE. Mais ça reste de la science.

    Ça va donc tout à fait dans le sens de ce que je dis: dans Alice, il n'est nulle part question de magie ou de surnaturel. On voit des machines, des ordinateurs, bref, tous les attributs d'une science sophistiquée, même si poétique.

  4. Pour 2001, ça reste effectivement de la science sauf pour les hommes préhistoriques qui le voient apparaître. Ce qui revient à dire que la mystique, voire les expériences psychédéliques sont à l'origine des sciences. Pour rester dans Clarke, je renvoie aux Fontaines du Paradis, dans lequel le lieu idéal pour construire un anneau autour de la Terre est l'un lieu sacré, un monastère perché sur une montagne.
    Et plus généralement, qu'est ce qui empêche de retourner la phrase et de penser que toute magie est une science trop avancée pour qu'on la perçoive comme telle? Il ne dit pas « peut passer », il dit « est indiscernable »…
    (je ne cherche pas à avoir raison, hein, je discute simplement)

  5. J'embraye sur la lecture de « The Last Dragonslayer » de Jasper Fforde. FU pour ados, et la c'est indéniable car tout tourne justement autour d'une magie qui a grandement perdue de sa force, dans une uchronie (the Ununited Kingdom) mais de nos jours.

  6. « Et plus généralement, qu'est ce qui empêche de retourner la phrase…»

    Qu'une science très évoluée puisse ressembler à de la magie, en particulier pour des témoins ne connaissant pas les mécanismes mis en jeu, c'est tout à fait admissible, mais ce n'est pas le sujet. Il n'est pas question de faire passer l'un pour l'autre, ou d'interpréter l'un par l'autre. On rencontre dans ce film des machines, des ordinateurs, des laboratoires. Y voir de la fantasy, donc de la magie et du surnaturel, me semble excessivement fumeux. La logique la plus économique et le principe du rasoir d'Occam imposent la solution la plus simple si rien ne vient la contredire dans l'exposé des faits.

  7. Et pour 2001, ça reste de la science. Ce n'est pas parce que les hommes singes ou même les humains de 2001 n'en connaissent pas les principes de fonctionnement, ou que les premiers y voient probablement de la magie, que c'en est réellement. Ça reste une science supérieure. À moins d'imaginer que le monolithe est Dieu, mais perso, je doute beaucoup de la validité de cette interprétation.

    Ce n'est pas parce que je vais croire qu'un prestidigitateur a un pouvoir magique en le voyant transformer sous mes yeux un roi de cœur en as de carreau que la magie existe.

  8. Je n'ai jamais dit que 2001 était de la fantasy, mais justement que la science, au cours du temps, n'a cessé de rendre possible des opérations jusqu'à lors considérées comme relevant de la magie. Du coup, j'émettais l'hypothèse que ce qui est aujourd'hui considéré comme magique (donc « impossible ») sera peut-être (et même sûrement) la science de demain (neuro-sciences, organismes vivants synthétiques, nano-technologies, etc.).
    « tout ce qu'un homme est capable d'imaginer, d'autres hommes sont capables de le réaliser »

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