#2023

Bien entendu, ce n’est pas pour rien que je publie (en juin) Psychogéographie! de Merlin Coverley. La « poétique de l’exploration urbaine », comme dit le sous-titre, est quelque chose qui me fascine de longue date. Je constate de plus qu’il s’agit d’une pratique qui, après avoir influencé urbanistes et aménageurs, rentre de plus en plus dans l’usage urbain courant. On peut dire que l’exploration urbaine se bobo-ise, en quelque sorte. Et je ne suis pas certain que ce soit une mauvaise chose. Par exemple, j’étais tout content de lire dans le dernier numéro du Tigre deux beaux articles psychogéographiques, l’un sur les grossistes chinois d’Aubervilliers, l’autre sur la Bièvre. Il faut dire que Raphaël Meltz (le boss du Tigre) a lui-même écrit un ouvrage dans le domaine, son Lisbonne ville imaginaire illustré par Nicolas de Crécy, qui m’avait d’origine donné envie d’aller découvrir la capitale portugaise.

J’évoquais l’autre jour une des premières motivations de ce blogue. Mon goût pour l’exploration urbaine en fut une autre, car j’avais envie de raconter mes « dérives ». C’est sans doute l’exercice d’écriture que je préfère. Il y a quelques années, Fabrice Colin m’avait fait rougir de plaisir en m’en complimentant et me disant qu’il fallait que je publie ces chroniques en volume. Mais chez qui? Je crois qu’il faut être déjà connu pour se permettre de publier de telles choses. Enfin bref, ce que je voulais dire ce matin, et j’y arrive après bientôt deux paragraphes, c’est qu’il y a des travaux près de chez moi.

On a rasé un T assez profond entre les bâtiments, là où s’étendaient en désordre un parking, une grange, de longues bâtisses abandonnées, une petite maison avec une tonnelle au-dessus de la porte et un escalier rouillé montant à l’étage, une allée herbeuse et un garage-carrossier. Je ne suis d’ailleurs pas mécontent d’être débarrassé de ce dernier, que mon ancien coloc Olivier nommait « l’usine à bruit » (et à odeurs, d’atroces relents de peinture qu’il nous soufflait sur la façade, l’animal). Les bruits, j’y ai gravement droit depuis, et à une immense grue non loin de mes fenêtres (qu’une mienne jeune connaissance escalada une nuit, mais c’est une autre histoire). Pour autant, je dois dire que j’apprécie assez… Car je n’avais jamais observé de près les processus de construction. Et je trouve cela fascinant. J’ai passé un bon moment encore tout à l’heure, assis dans la cuisine à regarder deux gaillards poser les tuiles sur un des nouveaux toits. Car ayant rasé le désordre précédent, ces travaux en inventent un autre, fait de l’amoncellement d’une surface commerciale (une de ces nouvelles supérettes de ville qui poussent un peu partout actuellement), d’un garage et de diverses « maisons de ville », soit des sortes d’appartements d’allure plus ou moins indépendante comme des pavillons perchés sur le reste. Et à Lyon, la tuile domine. Sans doute est-ce un des éléments qui font que je ne me sentirai jamais totalement « chez moi » ici, alors que j’y vis depuis si longtemps. Chez moi devrait plutôt être d’ardoises couvert, sans doute, comme à Angers ou à Tours. Tandis que Lyon rutile (au sens exact de ce verbe). Il y a bien, sur la place au fond, cette belle demeure au toit d’ardoise, mais elle est singulière au sein d’une houle de tuiles rouges. D’ailleurs, depuis les travaux une échancrure me révèle cette façade rose couronnée de noir, mais la nouvelle pente face à mes fenêtres, dont la charpente toute neuve brille blonde au soleil pour l’instant, ne va pas tarder à la camoufler.

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