#2208

Pas mal secoué par la disparition de Moebius — et par le chagrin de Dionnet, dont le texte après l’enterrement, sur FB, était très beau — merci à toi, Jean-Pierre, take care. Comme l’a écrit Mélanie Fazi sur son blog: « Il y a des artistes d’une telle envergure qu’on a du mal à se rappeler qu’eux aussi sont mortels. »

Du coup, et avec le beau temps, me suis pas mal promené ces temps-ci. Été faire un tour sur l’un des marchés aux livres du week-end, par exemple, histoire d’un peu fouiner et de discuter avec deux copains bouquinistes. Trouvé une de ces petites perles rares que je collectionne, à savoir un « petit format » de funny animals, reliure d’un périodique des années 60 nommé Bambou. Et puis fait des tas de pas vers, eh bien, vers un peu partout. En attendant d’autres psychogéographies, puisque je vais quelques jours à Londres dans une quinzaine, puis pour la première fois à Édimbourg (vieux rêve) courant avril. Enfin, menés malgré tout de gros travaux d’écriture et de maquette, aussi, travaillant jusqu’à tard les soirs et à en avoir la voix un peu râpée de fatigue. C’est ainsi, whatever. J’ai même fait une nuit d’insomnie, don’t know why (Rafu peut en témoigner qui, venant bosser le matin, me découvrit somewhat fuzzy).

Et lire, tout le temps. Lu par exemple Mimosa, le deuxième roman de Vincent Gessler, qui a de belles fulgurances stylistiques mais que j’ai trouvé quand même décevant, étant seulement une série B, avec une surenchère de violence (quel ennui) et des éléments faisant sortir le lecteur de la fiction. Bref, ça de lit comme un manga pour ado et j’ai passé l’âge, hélas. Pas un mauvais bouquin sans doute mais… pas un bouquin pour moi, c’est certain. Nettement plus pour moi, d’un autre ami cher, Roland C. Wagner: son recueil Le Train de la réalité et les morts du Général — ah déjà, un titre comme ça, bonheur! Curieux post-scriptum au fort remuant Rêve de Gloire… Un joli morceau de jubilation intellectuelle, seulement un peu court.

Encore: The Quantum Thief du finno-écossais (!) Hannu Rajaniemi. Je l’avais acheté il y a un petit moment parce qu’une histoire d’un voleur intergalactique, ça me parle. J’ignorais en revanche qu’il s’agit carrément d’un hommage à Maurice Leblanc: son anti-héros se nomme même Paul Sernine! (l’un des nombreux pseudos d’Arsène Lupin) Et le jeune Isidore Beautrelet mène l’enquête de son côté. Et des tas d’autres clins d’oeil très érudits… Étonnant! Le tout est sur fond de SF post-cyber archi clinquante et jargonante, effet de dépaysement tellement poussé que j’ai par endroits peiné à m’accrocher à cette réalité, c’est à ce point une fiction pour ultra-geeks que j’imagine que la plupart des lecteurs en seront éjectés — moi-même d’ailleurs, c’était souvent limite. Genre Charles Stross au carré: vraiment de la littérature de niche! Ai-je aimé? Eh bien oui, malgré les difficultés, il y a là… je vais encore utiliser le terme « jubilation », mais ce n’est pas du tout la même que chez RCW quand il convoque Sartre ou le contexte historique de la guerre d’Algérie, non là c’est du léger, du futile science-ficto-référencé. Rigolo et virtuose, dans son style.

Trouvé chez un bouquiniste, un Margery Allingham: c’est un de ces délicieux auteurs anglais de polar des années 30, que j’estime parmi les meilleurs — Nicholas Blake, Dorothy Sayers et Margery Allingham: il n’y a pas mieux. Dévoré donc Coroner’s Pidgin, qui se passe à Londres à la fin de la Deuxième Guerre mondiale (paru en 1945 donc écrit sur le vif). Magistral: l’auteur nous mène par le nez jusqu’aux dernières lignes, le tout avec une finesse psychologique admirable et pas mal d’humour. Je ne suis pas loin de penser que ces trois auteurs, dans leurs meilleurs romans, se hissèrent tout en haut des lettres.

Enfin, lu des tas de bédés comme d’hab, dont les deux premiers Billy Bat d’Urasawa juste traduits, ça promet, c’est très tordu, parano et original (et non, pas trop « ado » pour le moment).

2 réflexions sur « #2208 »

  1. Le Rajaniemi est difficile, je trouve, pas tant par son jargon, que par son absence de vrai fil conducteur, de « métier » de l'auteur pour nous faire tourner les pages. On a des supers scènes qui s'enchainent, mais on n'est jamais poussé par l'envie de connaître la suite. Ca manque de liant, d'huile sur les ressorts, je trouve.

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