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Autopsie d’un objet anodin / 5

Presque rien : un vieux clou, un fragment de faïence, un caillou rouge, une pierre plate. Le premier, je l’ai ramassé à Londres un matin que je me promenais derrière la gare de St Pancras, au moment où l’on démolissait les vieilles arches de brique pour les réaménagements de l’Eurostar. Ce vieux rivet en métal sombre, teinté de rouille, est un artefact de ces lieux disparus, industriels, victoriens. Le deuxième, je l’ai ramassé à Londres un jour où j’étais descendu au bord de la Tamise, à marée basse. Sur les caillasses et dans la vase du bord de l’eau, des tas de petits fragments sont amenés et remportés par le fleuve, comme ce tesson de vaisselle, vernissé de blanc dessous, et décoré d’un motif bleu, peut-être Wedgwood, sur le dessus. Le troisième, ramassé le même jour et au même endroit, n’est pas un simple caillou : il s’agit d’un morceau de brique, que la Tamise a tellement roulé qu’il est en devenu caillou rond. Enfin, le quatrième, je l’ai ramassé sous la pluie d’une visite du château de Tintagel. Le fils de Jean sans terre, Richard de Cornouailles, fit ériger cette fortification pour essayer de s’inscrire dans la lignée mythique d’Uther Pendragon. De nos jours c’est essentiellement une instable pile d’ardoise juchée sur des précipices au-dessus de la mer. Ces quatre presque rien, flotsam and jetsam, je les garde sur le bord d’une des étagères de ma collection de livres sur Londres et le Royaume Uni. Objets fétiches.

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