#6273

Un bout d’roman…

« Rentrant tard, ou très tôt, d’une soirée étudiante sur le campus de Talence, principale activité universitaire à laquelle elle daignait participer de façon régulière, Martine qui marchait sur le trottoir vit passer un bus de nuit en sens inverse. Des ombres se tenaient assises dans la blancheur troubles de ses vitres. Qu’est-ce qui prouvait, à une telle heure, que ces voyageurs étaient bien d’ordinaires humains ? Combien de bus de nuit ne transportaient que des fantômes, en une sorte d’équipage blafard pour les heures nocturnes les plus incertaines. Martine secoua la tête : voilà que sa curiosité pour les fantômes menaçait de tourner à l’obsession. […] Et puis zut, il suffisait d’avoir pris un soir un autobus nocturne pour avoir vu quelle faune douteuse et parfois inquiétante sortait à ces heures-là. Comme si aux petites heures, à la nuit profonde, tous les zombies, les sorcières, les spectres, les vampires, les garous, les bizarres, ressentaient soudain le besoin de gagner la banlieue ou bien d’en rentrer. C’est pour cela que la jeune fille préférait revenir à pied, n’ayant pas de vélo. Elle se sentait plus en sécurité sous la lumière alternante des réverbères que dans la lueur jaunâtre des transports publics. Dans l’éclairage urbain, toutes les rues adjacentes, en particulier celles à la chaussée pavée, prenaient des aspects de décor pour cinéma. Dans la pénombre, elle vit une femme avec un sac à dos penchée sur la serrure d’une porte. Quand elle fut à sa hauteur, il s’agissait seulement d’une poubelle d’où débordait le ventre gris d’un sac plastique trop gros. Fantôme aussi. Bien plus concret était le rat qui fila devant elle dans le caniveau. Sous la voûte de suie d’une salle de bowling où elle était déjà allé, le volet métallique se couvrait de graffitis sans imagination. […] »