Imprévue et infiniment délicieuse: une conférence ce soir sur Stendhal, aux Chartreux (l’établissement scolaire où j’ai situé mon polar jeunesse Le Voleur masqué et où j’aime revenir régulièrement pour de telles occasions). Par Philippe Berthier, professeur à la Sorbonne et co-coordinateur de la Pléïade de Stendhal ; voix rapide, claire, ton souvent drôle, propos volontiers subversif, le tout sur le rapport de Stendhal à l’Europe. Une heure et quelques d’éloquence et d’érudition présentées de la meilleure des manières: avec simplicité.
Archives de l’auteur : A.-F. Ruaud
#1958
Revu « Judex » et « Nuits rouge » de Franju, a la fois drôles, poétiques, dérisoires, terriblement médiocres (incohérences de scénario, indigence des acteurs) et plastiquement superbes. C’est du « pulp » sur écran: délicieux.
#1957
Vous avez dit oligarchie? Cinq ministres et sous-ministres du gouvernement Fillon III sont natifs de Neuilly-sur-Seine, cette bonne ville ne comportant que 4% d’ouvriers et 17% d’employés, mais plus de 7000 foyers assujétis a l’ISF (record de France) – et ou l’on vient de saisir un autre beau record: 110 kg de cocaïne.
#1956
Ooooh, un jour de la Saint André tout blanc! Ça neige à gros flocons. Ce qui est bien, c’est que ne vivant pas dans un pays froid, genre Québec et autres lieux enneigés banalement, je ne suis vraiment pas blasé par la neige. Bien au contraire, je suis comme un petit enfant — j’en ai d’ailleurs vu un tout à l’heure, il se tenait plaqué contre le verre de la vitrine d’un restaurant, regardant au-dehors bouchée bée. Minus comme il était, c’était peut-être bien la première fois qu’il voyait la neige tomber. Et moi, rentrant chez moi après un rendez-vous en ville, de m’exclamer « Wahou trop bien ! » en voyant l’effet véritablement superbe des flocons illuminés par les projecteurs de la grue du chantier d’à côté.
#1955
Ces derniers temps, j’ai replongé dans la fantasy urbaine. Assurément, c’est là un vieil amour pour moi — Julien m’a montré l’autre jour, à mon grand amusement, que la fiche Wikipédia française sur le genre me citait plusieurs fois. Mais il y a des hasards, aussi: celui qui fit que Bruno m’a conseillé de regarder un film indé américain, Ink, au moment où je lisais, aiguillé par Charles de Lint, les romans de Kate Griffin chez Orbit (A Madness of Angels et The Midnight Mayor). Je venais déjà de lire Rosemary and Rue, premier d’une série mêlant de nos jours à San Francisco polar et féerie (fantasy urbaine, donc), par Seanan McGuire. Et puis, j’ai découvert toujours par hasard les deux téléfilms australiens de 2009 Alice. Positivement brillants! et totalement fantasy urbaine, puisqu’une jeune femme prénommée Alice passe par accident dans le Pays des merveilles… mais que celui-ci ne s’est pas figé dans le dix-neuvième siècle, il a évolué et, en notre vingt-et-unième siècle, le Wonderland a lui aussi des gratte-ciel, de l’électricité, du design, des engins…
Est-il besoin de préciser que j’ai adoré tant Ink que Alice? Le premier est de fait le premier cas que je rencontre de véritable fantasy urbaine à l’écran, dans une esthétique parfaite retranscrite — jusqu’au côté souvent un peu « clinquant » du genre, dans ses effets de nuit, de reflets au néon, de brouillards, etc. Il y a, depuis longtemps, une vraie esthétique de la FU et la voir bouger sur écran m’enchante et me fascine.
Sur son blog, un boss d’Orbit US (Tim Holman) déclare que « Much of the discussion concerning the general state of the SFF market tends to ignore urban fantasy. However, remove urban fantasy from the current SFF bestseller charts, and they collapse. Most of the bestselling authors disappear; many of the most successful new authors launched over recent years disappear; many of the authors with most rapidly growing sales disappear. Remove urban fantasy and a very different picture emerges of the state of the SFF market. » Voilà qui est rafraichissant! Mais en réalité, il englobe majoritairement dans ce mouvement ce qu’en France l’on nomme la « bit-lit » (généralement nommée paranormal romance en américain). N’empêche qu’aux marges, il émerge dans toute cette production populaire anglophone une belle part de « véritable » fantasy urbaine, et de plus en plus, au fur et à mesure que pour étendre le phénomène bit-lit les auteurs recherchent de nouveaux angles d’attaque, des cadres narratifs allant au-delà de la tueuse de vampires. Les éditeurs français n’ont pas encore pris la portée de toutes ces évolutions — seul Eclipse prend d’emblée la totalité des courants populaires actuels en considération, et je trouve ça très intéressant. Mouvements à suivre.