#2361

Ce que c’est que la mémoire. Je ne sais pourquoi, je croyais que c’était en avril, l’anniversaire de la création de Yellow Submarine. Mais non, c’était bien en mars 1983 que j’ai publié le premier numéro de ce fanzine… Alors, il ne fallait pas perdre de temps, en fait, pour réunir et réaliser le volume spécial 30e anniversaire souhaité par mon camarade Alex Mare. Heureusement, la plupart des auteurs contactés ont répondu immédiatement, avec un enthousiasme qui fait chaud au cœur. Je viens donc de passer une grosse semaine à trimer sur l’OCR, les corrections, la mise en page et tutti quanti. Des travaux d’envergure mais ô combien jubilatoires, quoique par moments un peu troublants : sans céder à la nostalgie, se replonger ainsi dans son propre passé convoque quelques souvenirs et des émotions presque oubliées — je ne suis pas spécialement porté sur le narcissisme et le retour sur soi, mais entre mes travaux d’archivage du blog et cet YS d’anniversaire, je me fais actuellement un curieux « trip » de mémoire.

Enfin, je dois dire que je suis passé d’un sentiment de surprise un peu interloquée et assez prudente (lorsque Alexandre m’a dit qu’il fallait absolument que l’on fête ça — et il avait raison, bien sûr) à un réel enthousiasme, le bonheur de façonner un très beau volume qui approche des 400 pages (et encore, on a été obligés de se limiter). Attention : VPC only, pas de diff librairie (Harmonia Mundi ne pouvant pas gérer les ventes fermes pour le moment, ils ne le feront qu’à partir de cet été hélas). Ça va donc être un « hardcover », sous jaquette couleur (par Lewis Trondheim, trop gentil !), super beau et classe et luxueux et malgré tout pas hypra cher (on a serré le prix à 29 euros port compris).

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#2360

Combien de temps dure le présent ? Il semblerait que la réponse, pour moi, soit d’environ 3 ans. Car alors que je compilais les billets de ce blog pour les recueils que je prévois, je me suis interrompu début 2010. Soudain, il ne s’agissait plus de trier le passé — je me retrouvais dans le présent, en tout cas le passé immédiat, et incapable d’avoir le minimum de recul nécessaire. Ces archives papier n’iront donc pas au-delà de 2009, pour le moment. Il faut maintenant que je trie ce que j’avais écrit avant le blog, genre le journal de San Francisco (juin 1996) etc.

#2356

Bon, à part ce « vague-à-l’âme » persistant (on va appeler ça comme ça), j’ai eu le petit plaisir de recevoir hier matin les feuilles de tirage de mon Londres, une physionomie et du Paris, une physionomie du commissaire Mare. Tout cela est bien beau, ventru et velouté, conforme à mes souhaits — concrétisation d’un rêve très ancien en ce qui concerne le volume londonien… L’aboutissement d’une passion. J’espère que ça va marcher en librairies et que certains vont se réveiller, car les mises en place initiales sont hélas un peu décevantes, on s’attendait à mieux.

SInon, des lecture comics : le  tpb n°18 de Fables, très beau mais terriblement triste ; le premier du spin-off Fairest qui rebondit vraiment superbement sur la série principale (contrairement à Jack que j’ai laissé tomber, ça ne marchait pas pour moi) ; et puis je rattrape mon retard sur les Unwritten, série fascinante, mêlant psychogéographie, histoire des littératures du merveilleux et récit de fantasy post-Harry Potter. Autant dire que ça me parle totalement. Dans le nouveau texte de l’essai Zombies!, mon ami Colson s’interroge à un moment : « Peut-être sont-ils victimes de la confusion entre réel et fiction, une affection qui grignote lentement mais sûrement le monde dans lequel nous vivons ? » Et c’est bien de cela que nous parle Mike Carey, le scénariste d’Unwritten : cet effacement actuel des frontières entre imagination et réalité — un champ dans lequel travaille aussi ma collection la Bibliothèque rouge, bien entendu.

Ah, et puis j’ai lu la bédé de Bryant & May par Fowler, mais franchement, si le dessin est fort plaisant on voit que l’auteur n’est pas assez familier de la narration figurative (il avait pourtant fait un Vertigo, dans le temps?), les ellipses sont très mal gérées, tout cela fonctionne par à-coups, ça se lit comme une sorte de storyboard d’une nouvelle mais pas vraiment comme une bande dessinée… Ce n’est donc pas désagréable mais néanmoins partiellement un échec, l’expérience de lecture n’étant pas pleinement satisfaisante.

#2355

Le compagnon d’un ami vient de mourir, après une très longue maladie. Alzheimer. Je me souviens de la dernière fois où je l’ai vu en bonne santé, nous étions descendus ensemble au marché, au pied du Père-Lachaise, première et unique fois où j’ai été au marché dans une rue de Paris. Maintenant, son ami va devoir racheter leur appartement à la famille. Parce que, n’est-ce pas, ils n’étaient pas mariés et donc, le survivant n’a droit à rien. L’Assemblée vient juste d’adopter le premier article de la loi sur le « mariage pour tous » et la droite pousse des cris de gorets qu’on égorge, multiplie les insultes et les propos abjectes. Tout cela m’oppresse, me dégoûte et m’attriste.

#2354

Quatre jours à la campagne, dans le silence et le calme. Et même un peu de neige. Un peu de farniente qui se paye avant et après par un surcroît d’activité, afin de ménager cette plage de repos, mais c’est loin d’être désagréable. Longtemps que je me disais qu’il fallait que je passe chez mes parents durant l’hiver.

J’ai fini de lire Kraken de China Miéville, dont le goût pour les tournures obscures (et pas forcément parfaitement maîtrisées) gâche tout de même un milli-poil le plaisir de ce roman de fantasy urbaine bien tordue, où se croisent diverses apocalypses. C’est rigolo mais la prétention du style m’a semblé superfétatoire. Lu ensuite et à grandes foulées The Long Earth de Stephen Baxter et Terry Pratchett, de l’excellente science-fiction (avec une bonne dose de métaphysique comme l’aime m’sieur Lehman), tellement influencée par Robert Charles Wilson que l’on croirait vraiment lire une nouvelle œuvre de l’auteur de Spin. Ce n’est pas forcément un reproche : les deux écrivains livrent du coup un récit très ample de vision et très fluide de style (alors que les Baxter que j’avais lu dans le temps étaient d’une écriture aride et pesante, et que je butte trop souvent chez Pratchett sur ses foutues leçons de moral), la somme est vraiment supérieure aux deux. Le roman qui en résulte est très beau, plein d’images saisissantes et mémorables, vraiment du niveau du meilleur Wilson. Je commence maintenant la lecture du premier tome de la trilogie de Greg Egan.

Aussi profité de cette brève halte pour monter au grenier… et en redescendre une petite montagne de vinyles. Dont ce « collector »…

Lupin-Dutronc001