#3018

Le cerveau vide et le corps las, souvent une barre de ras-le-bol pesant sur la nuque, faut-il accuser le printemps ou plus simplement la longue traîne du régime autoritaire de la pandémie ? Chaque jour le soleil monte un peu plus haut et demeure plus longtemps en scène ; le jour tiède et les pluies nocturnes, tout semble un peu alangui. Encore une semaine et je me mettrais en congés, avec une forme de défi : volontairement aucune connexion du 8 au 16 mai, pour « lâcher prise » comme me l’a exprimé un ami. Je n’ai plus fait ça depuis mon emménagement à Bordeaux, il y a 7 ans. Et pris aucunes vacances depuis novembre 19, aussi, cela peut expliquer une certaine dolence.

#3017

Zéro transports en commun aujourd’hui donc on va se restreindre un peu pour la balade urbaine — on va se promener à partir de la rue Robespierre, j’envisageais de pousser jusqu’à la rue Lénine mais c’est un peu trop éloigné. Oui, j’aime bien Bègles et Talence, anciennes « banlieues rouges ».

#3009

Insomnie du petit matin. Tendre l’oreille au vacarme du ramassage des poubelles vertes ; entendre passer en grondement cadencé un train de marchandises ; écouter le raclement de gorge électrique d’une micheline du côté des ateliers ferroviaires ; et dans le creux de la nuit, le murmure des boulevards, avec les premiers chants d’oiseaux en dentelle sur cette toile d’ombre.

#3008

De l’autre côté de la vitre, la ville nocturne se réduit à des masses d’un bleu sombre, aux reflets éteints des fenêtres de la résidence d’en face et au pointillé des réverbères dans l’échancrure qui s’ouvre vers la voie ferrée. La chambre conserve encore la touffeur de la journée alors que la température s’effondre au dehors. Un baragouin indistinct grommelle non loin, dans les profondeurs de la pierre : celui du téléviseur de la vieille voisine, mademoiselle Rose, de plus en plus sourde et se couchant de plus en plus tard.

#3003

Reminiscence drive. Une remarque primesautière hier soir de mon camarade graphiste m’a fait songer à un ami disparu. Avouerai-je que j’ai oublié son nom ? Thierry. Son prénom était Thierry. Il s’est suicidé, après son divorce. Un beau jeune homme rouquin, qui était amateur de danse contemporaine et qui, avec un autre copain de cette époque lointaine, m’initia un tout petit peu à ce domaine artistique que je ne soupçonnais pas pouvoir aimer — mais si, bien entendu, j’ai adoré les quelques spectacles que nous vîmes alors, maison de la danse, ballets, compagnie Philippe Gentil, butō… Plus tard, lors d’un voyage à Amsterdam, je vis encore une chorégraphie, à la fois drôle et narrative, tellement esthétique — et je crains bien n’avoir plus jamais revu de danse contemporaine depuis, tant il est vrai que « on ne peut pas tout faire », et qu’en culture, beaucoup repose sur des découvertes avec des compagnons. Cela m’a fait resonger aussi à ce phénomène lyonnais d’une ville de passage, où sans cesse je devais reconstruire des cercles amicaux car chacun partait, au bout d’un moment, peu restaient à Lyon. Alors, des cercles successifs, comme des ronds dans l’eau de ma vie, le roux Thierry donc, Lionel, Jérôme, Charlotte, les pow-wows, Béatrice, David, Régis, Werner, la Gang, Olivier, Axel… et puis marre, je suis parti à mon tour.