#1316

Ooooh! Ben ça! Content: les Moutons électriques ont trois nominations au prochain Grand Prix de l’Imaginaire. Nid de coucou de David Calvo (le recueil complet) dans les nouvelles francophones ; « Magie pour débutants » de Kelly Link (in Fiction tome 5) pour les nouvelles étrangères ; et la couverture de Frédéric Bézian pour Fiction tome 5, pour le Prix Wojtek Siudmak du graphisme. Croisons les doigts.

#1315

A Scientific Romance est l’un des plus beaux romans de science-fiction que j’ai lu durant les années 1990. Il vient enfin de paraître en France — chez Actes-Sud, puisqu’il s’avère qu’aucune collection spécialisée en SF n’a jugé bon de le retenir à l’époque de sa sortie initiale. Oeuvre de l’essayiste canadien Ronald Wright, il a été intitulé Chronique des jours à venir chez nous. Lisez-le.

Et en parlant d’essai, il faut lire Jean-Claude Michéa. Enfin un philosophe ayant du coeur — et à gauche, le coeur. Un philosophe à culture SF, en plus: il ancre notamment sa réflexion dans l’oeuvre d’Orwell. Son récent L’Empire du moindre mal ouvre enfin des espoirs par rapport à la chappe libérale. Lumineux.

#1314

Bordeaux, II

Ville excessivement minérale, parce que derrière les « échoppes » (demeures traditionnelles) s’alignent des jardins, que ne trahit que le sommet hirsute d’un palmier, de temps à autre.

À Bordeaux, la rue Dieu est une impasse, et à l’ampleur lumineuse des quais courent parallèles de sombres coupe-gorges.

Ville tavelée: dans les grandes rues se succèdent les façades toutes de blond rendu, celles qui déjà se fanent dans un gris terne, et celles enfin que l’on n’a pas (encore) tenté de rajeunir, qui conservent le même maquillage de suie que du temps de mes années étudiantes.

Les toits pour leur part jouent une gamme du rose tendre au noir charbonneux, sur le dos rond des tuiles, alignées en vaguelettes.

Le soleil d’orage fait luir les vieux os de la cité. Le gratte-semelle qui arrondit son cerceau au bas des deux-trois marches de chaque perron. La fente verticale de la boîte aux lettres, sur le côté de la porte, cernée de marbre sombre. Les murs jamais repeints arborant encore les fantômes d’enseignes commerciales. Les lampes en cuivre qui se balancent au-dessus des chaussées pavées.


#1313

Bordeaux, I

À Bordeaux, les rues ont de longs silences blonds qui me parlent.

Je peux errer dans n’importe quelles artères et m’en trouver toujours séduit. Même la crasse, même la pauvreté, se font esthétiques.

Un étage, deux au plus, une pierre grelée par le temps.

Sur les façades, jusqu’aux plus humbles, de petites sculptures que l’on dirait moulées dans le sable.

Le pavé des trottoirs, les enseignes à demi effacées et les petites boutiques.

(à suivre)