#1211

Den Haag 3

Pour mon troisième jour de voyage, je pris la direction de La Haye: je devais y séjourner une semaine. La veille, dans le métro avant de nous séparer, Pierre Pevel m’avait confié qu’il « entendait » encore dans sa tête la voix de Patrice, mais que ce qui l’attristait était de savoir fort bien que cette petite voix particulière allait s’estomper rapidemment. Je me suis souvent fait cette réflexion: ce que l’on perd en premier, ce sont les voix. Sans doute le particularisme le plus personnel d’un individu. Ainsi ai-je perdu depuis longtemps l’accent rocailleux de Mère-poule, la maman de ma marraine. Ou la douceur de Boum-boum, mon grand-père paternel (oui, dans la famille les surnoms étaient souvent assez étonnants). Et déjà du vivant de Patrice, je perdais sa voix, éraillée comme elle était devenue dans les derniers mois. Lisant hier soir le texte de l’excellente interview qu’avait fait Richard Comballot, je n’y entendais pas Patrice. Mais enfin, je me console en me disant qu’avec tous ses enregistrements, tous ses documentaires aussi, la voix de Patrice n’est sans doute pas tout à fait perdue.

Direction La Haye, donc. Une semaine pour écrire (je dois continuer mon deuxième roman). Je fais des choses étonnantes, disais-je en ouverture de ce « travelogue ». Mais peu sont aussi inhabituelles, certainement, que d’aller vivre dans une Nonciature apostolique!

(à suivre)

#1210

Joli projet littéraire à suivre: une correspondance imaginaire de Lovecraft avec Robert E. Howard…

« H.P. Lovecraft est mort. Une part occultée de sa correspondance remonte à la surface. Il était temps. Double Styx. »

Lu hier matin le somptueux et bouleversant Journal d’un fantôme de Nicolas de Crécy, sans doute la plus belle bande dessinée que j’ai lu depuis longtemps. Graphiquement abondante et fascinante, scénaristiquement elle parvient à être à la fois intellectuellement provocante et émotionnellement touchante.

À un moment, parlant des palais en ruine d’une ville brésilienne, Crécy dit qu’ils prennent « un aspect presque végétal ». C’est bien vu et cela rejoint une expression anglaise que j’aime pour l’image si juste qu’elle donne: « going to seed ».

#1209

Den Haag 2

De mon deuxième jour de voyage, je ne dirai pas grand-chose je crois. Je me levai d’humeur calme et décidai, ayant rendez-vous avec Michel Pagel et Mélanie Fazi vers midi, de descendre à pied sur un bon bout de chemin. Aller de chez mon oncle jusqu’à la rotonde de la Vilette, puis descendre ensuite le canal St Martin, demeure une de mes promenades favorites. Sous un ciel blanc mais par une douce température, la promenade fut plaisante.

L’enterrement de Patrice Duvic avait lieu à Orsay, mais la cérémonie, auparavant, à Longjumeau. Du monde, des amis de Patrice venus de partout. Beaucoup d’écrivains et de gens du livre, bien sûr. Un très beau « service athée », comme le dit un de ses copains de lycée, pour rendre hommage au goût de Patrice pour le jeu de mot vaseux. Bouleversant fut un faible mot.

(à suivre)

#1208

Den Haag 1

Depuis que j’ai échangé l’enfermement de la librairie contre la liberté de l’écrivain-directeur littéraire freelance, je me surprends régulièrement à faire des tas de choses que j’aurai trouvé, auparavant, assez surprenantes… Tout en les considérant comme naturelles, somme toute.

Le début de mes pérégrinations récentes, ce fut un passage à Paris. Pensant ne rester qu’une journée, j’avais amassé mes rendez-vous sur le même jeudi. En arrivant, le matin, je me précipitai donc poser mon imposante valise à la consigne, de manière à filer un peu plus léger direction Barbès pour livrer à François Avril ses exemplaires du Fiction tout nouveau. Il ne m’avait pas confirmé être à son atelier ce matin-là, j’avais donc envisagé de déposer le paquet devant sa porte en cas d’absence. Je sonne. Attente. Et puis, soudain, la porte s’entr’ouvre: mon Avril est bien là, mais tout nu: il avait oublié ma venue et prenait une douche.

(photo 1: le vélo d’Avril contre sa boîte à lettres)

Discussion animée et sympathique, comme d’habitude: graphisme, planches originales, projets. Il me montre les maquettes successives de la couverture de la prochaine monographie à lui consacrée, chez Vertige Graphic. A découvert qu’il avait préparé mais non encré, oublié, un 7e dessin pour son portfolio de Fiction — dommage, il était également excellent. Me sort ensuite, surprise, les planches de la bédé qu’il prépare pour Aire Libre, sur scénario de Ted Benoît. Étonnant de voir Avril revenir à la bédé, après tant d’années d’illustrations presse. Le style louvoie un peu, ambiance fifties bien sûr (Benoît), décors somptueux, ce sont les personnages qui surprennent un peu. Beau, tout ça, très beau. J’attends de voir la couleur, mais en N&B et dans ce grand format, c’est une joie.

(photo 2: le jardin)

Il me faut repartir en pressant le pas: j’ai RDV à l’autre bout de Paris, avec un éditeur et ami, pour mettre au point un nouveau mien projet. Je quitte à regret la chaleureuse présence d’Avril et son immeuble étonnant (la première cité ouvrière parisienne, construite sous Napoléon — escaliers se croisant de mezzanines en mezzanines, dans une douce pénombre). Arrivé vers la Porte Dorée, je monte chez cet éditeur, fait connaissance du chat, téléphone à JP Jennequin avec qui je dois dîner le lendemain soir (JPJ me demande d’emblée si j’ai vu le chat). Déjeuner d’affaire, tout roule. Redémarrage à pas pressé, encore: nouveau RDV, cette fois dans le quartier latin, avec une trrrrès importante éditrice. Celle-ci étant un chouïa en retard, j’en profite pour discuter avec un ami cher. Puis autre RDV dans la foulée du premier, au sein de la même maison (mais éditeur différent).

Content mais rompu, je cours encore: il me faut reprendre mon bagage à la consigne, avant de rejoindre mes habituels compagnons de soirs parisiens: Daylon, Calvo et Jean. Une copine libraire arrive en même temps que moi au resto nippon (réaction des autres quand je els avait prévenus: « Quoi, André, une fille?!? »). David est dans une forme éblouissante, il fait des étincelles. Daylon parle tellement vite qu’on ne comprend pas tout. Jean s’inquiète que la demoiselle se sente délaissée et dépassée. Retrait ensuite vers notre pub non moins habituel, à l’étage duquel tout n’est que calme et lumière tamisée, tandis qu’au RdC s’entasse une foule rugissante. Clic-clac, les deux photographes mitraillent, David continue à faire des étincelles et à Bob-l’épongisé, ils sont déchaînés, les projets fusent, je me sens remonter à bloc et parviens à ne pas penser au triste lendemain qui m’attend.

(à suivre)

#1207

Retour en France. Sur les chapeaux de roues (une semaine de courrier + un nouveau stagiaire). Et pour faire comme sur les blogues de djeun’s, un « post » de redémarrage totalement private joke, dédié exclusivement à Axel et à Olivier (enseigne d’une boutique de téléphones portables, à La Haye).