#769

Un texte assez clair quant à des raisons pour le « non » à la constitution européenne. Ce n’est pas une démocratie, qu’on nous prépare? J’aimerai entendre plus clairement des arguments constructifs du « oui » — qui se cantonne trop à l’alarmisme et au « si vous votez non z’êtes un facho/un irresponsable ».

#768

Temps gris, peu propice à l’éveil. Marchant dans la rue, de retour de chez l’imprimeur qui vient de me tirer des copies de manuscrit, me passe soudain par la tête un souvenir de Cergy-Pontoise, comme une impression fugitive. Surpris, je me retourne à moitié: ah, oui! Des boules-de-neige: passant devant ces buissons fleuris, j’avais saisi leur puissant parfum. Il y avait un boule-de-neige, dans le jardin de mes parents à Cergy. Synesthésie quand tu nous tiens.

#767

Je m’interroge parfois sur ce qu’il est « convenable » ou non d’aborder sur ce blog. J’en suis assurément seul juge, bien sûr, mais n’y a-t-il pas, par exemple, une certaine indécence à évoquer le choc esthétique que j’ai eu hier? Je m’explique: on sonne à la porte, c’était le releveur du compteur d’eau. Lorsqu’il repart, mon voisin d’en face ouvre sa porte avec un sourire contrit — il se lève seulement, explique-t-il. Cela se voyait: cheveux en broussaille, torse nu. Dieu qu’il était beau! J’en eu le souffle coupé. La beauté diaphane d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, encadré sur les ténèbres de son appartement. Je restais un bref instant stupéfait par cette vision fortuite — heureusement, il s’adressait au gars des eaux, il ne réalisa donc pas mon trouble.

#766

« Mur blanc peuple muet » crie un mur du côté de la Part-Dieu.

Mais en s’approchant, je constate que tout le monde n’est pas muet. Un petit peuple s’est exprimé sur ce mur: les escargots, traçant un alphabet balbutiant en longs filets argentés.

#765

Je ne sais s’il était paru depuis longtemps, mais je viens juste de trouver un album de bédé par un dessinateur que j’aime beaucoup, Jean-Philippe Peyraud. La Bouche sèche (chez Treize étrange). Coïncidence, je l’ai lu alors que des tangos de Piazzolla tournaient dans la chaîne. Jolie adéquation.

En dix nouvelles, Peyraud livre de ces petits instantanés d’existence qui font également la force d’un Adrian Tomine, par exemple. Sauf que Peyraud ne se livre pas à la cruauté ultra-moderne, sa touche à lui c’est une tendresse, une mélancolie, et par moment un peu de couleur: quelque part entre Marquet et Matisse, dans des décors du Paris actuel — ses bédés feront de beaux portraits ethno-historiques, plus tard. Tout de suite, c’est également d’une forme d’anthropologie qu’il s’agit, celle des sentiments ordinaires, des petits riens qui sont comme autant de fêlures quotidiennes. Des tranches de vie allant du touchant (ma favorite, « Quand tu dors la nuit ») au glaçant (la suivante), en passant généralement par un léger spleen. C’est tout un art du pincement de coeur.