#764

André content: une bien bonne chronique d’Acide organique, sur le site ActuSF — la chroniqueuse a tout compris, même et y compris le très fort lien de ce recueil à la musique. Je pense qu’il faut vraiment être un fondu de zik, pour bien l’apprécier à fond. Outre Kate Bush bien sûr, il y a chez Calvo tant de Boards of Canada, de marillion, de Talk Talk, de Shelleyan Orphan, et encore plein et plein d’autres musiques, et puis bien entendu la forte influence du slam…

#763

Listenin’ to the pouring rain
waiting for the world to change.
(marillion)

Un refrain terriblement anglais, celui-là.

Et je me demande combien de fois les mots « pouring rain » reviennent dans la pop-rock?

#762

Au bout d’un moment, mon sens du goût s’émousse et c’est pourquoi je dois changer régulièrement de thé. Pourtant, je reviens toujours à mon favori: le tarry souchong. Un thé noir chinois très fumé. Selon certains béotiens, il s’agirait d’un « thé au hareng » (mon père), ou d’un « thé au cochon » (mon coloc). Mais, comme dirait Nero Wolfe: pfui. Ils n’y connaissent rien. La saveur, le bouquet de ce thé sont sans pareils, pour moi ils sont la douceur même du thé, à la fois charnu et d’un sombre parfum.

#761

Arrêtez-moi si je sors des banalités, mais… Pourquoi somme-nous si attaché à ce qu’une histoire « se termine bien »? Il n’y a pas de happy ending dans la réalité: en fin de compte, nous mourrons tous. Est-ce que raconter des histoires est une manière de réinventer l’ordre naturel, en lui forgeant une fin heureuse? Flaubert pour sa part avait fait en sorte d’allier le « racontage d’histoire » avec un véritable réalisme, dans Madame Bovary, puisqu’on y suit les personnages principaux jusqu’à leur mort.

Admettons cependant que Madame Bovary, pour esthétique et bouleversante qu’elle soit, n’est pas exactement ce que j’appellerai une « bonne histoire »… Tandis que le camarade Calvo, lui, dans son recueil Acide organique, me semble somme toute trouver une belle manière de jouer le jeu de la fiction tout en ne conduisant pas le processus du happy ending: il met en scène des tournants de vies, les rend totalement subjectifs et ne tranche ni ne juge, ne conclut pas puisque la vie demeure ouverte. « La bêtise consiste à conclure », affirmait Flaubert.

Nous sommes bien obligé d’apprécier l’existence au temps présent, instant par instant, il faut s’efforcer de profiter des instants heureux car construire des projets est essentiellement un leurre: tout ce que nous faisons peut toujours être interrompu, à tout instant, par notre propre mort ou par celle des autres. La semaine dernière j’ai récupéré un copain aux urgences — rien de grave, heureusement. Aujourd’hui, je vais aller voir un autre copain, opéré d’urgence pour une thrombose — ça semble aller, heureusement. Mais qui sait si demain? J’ai tendance à souvent me dire « car rien n’a d’importance » — mais si: savourer le moment. Oui, je sais, ce sont des banalités.

#760

Au sein de l’avalanche de bouquins que je lis — car j’ai forcément tout le temps des tas de choses en cours en même temps, à la lecture motivée par divers projets, les Moutons électriques, les éditeurs pour lesquels je suis lecteur, etc — je suis en train de terminer Bone de Jeff Smith: l’intégrale! Depuis qque j’avais acheté cet énorme bouquin, plus de 1000 pages de BD, j’avais envie de me plonger dans la relecture complète et suivie de tout ce très attachant cycle de fantasy. Et non seulement ne suis-je pas déçu, bien entendu, mais encore découvre-je de nouvelles dimensions à cette oeuvre, révélée par la lecture continue plutôt que par fascicules de temps en temps. Mm, sans doute un article un de ces quatre.

J’ai reçu hier une poignée de livres d’un éditeur small press anglais, PS Publishing. Au sein desquels une novella de Mark Chadbourne, The Fairy Feller’s Master-Stroke, joliement publiée en un seul mince volume hardcover sous préface de Neil Gaiman. Double curiosité que cette lecture: primo parce que je suis actuellement plongé dans l’énAUrme cycle de fantasy apocalyptique de Mark Chadbourne (lecture commandée par un éditeur), secundo parce qu’avec un titre pareil… Car « The Fairy Feller’s Master-Stroke », c’est un tout petit et très beau et très étrange tableau victorien, qui peut se voir à la Tate Gallery de Londres. L’une des oeuvres tardives — et sans doute la plus connue — du peintre fou Richard Dadd, interné à l’asile de Bedlam après qu’il eut assassiné son père. Un tableau particulièrement fameux auprès des amateurs de féerie, une toile surchargée de personnages dont se dégage un charme presque inquiétant dans son mystère.

Chadbourne est un écrivain commercial — son cycle n’appartient pas au domaine du speudo-médiéval, mais draine néanmoins un important lectorat. Pour autant, et c’est un aspect qui me plaît bien entendu beaucoup, c’est un excellent styliste: sa plume, typiquement anglaise, rappelle celles de Stephen Gallagher, de Chaz Brenchley ou de Graham Joyce. Et laissant de côté le temps de cette novella ses apocalypses celtes et ses confrontations du monde actuel avec les mythes anciens, il brode un texte intimiste où jamais ne perce tout à fait la féerie, qui demeure à l’état de doute, d’ombres entr’aperçues du coin de l’oeil, de subjectivité à la dérive. Superbe.