#2855

Dans quel monde on vit ? M’étant rendu en ville chez un marchand de thé, j’y fus reçu presque comme si je leur demandais quelque drogue fâcheuse : du tarry souchong, fi donc, vous n’y pensez pas, c’est interdit par l’Union Européenne ! Tiens donc ? Bien, je m’en retourne donc en mes pénates, et chemin faisant me souviens d’avoir entendu dire que certaines marques dont le fumage du thé noir était effectué avec n’importe quel combustible s’était vu interdites de vente… Bon, soit. Je cherche sur le web : tout le monde vend toujours mon thé favori, sauf ladite maison. Euh, hem. Oh, et en rentrant j’ai vu passer sur les quais la devanture d’un vendeur de CBD. Mais dans quel monde on vit ?

#2853

Faut-il donc l’avouer ? Le goût sucré de Bordeaux pour moi, de manière intime, ce n’est pas le cannelé : peut-être n’était-il pas encore si présent, dans le mitan des années quatre-vingt qui me vit effectuer mes études ? La pieuvre Baillardran n’avait-elle pas alors encore poussé tous ses tentacules ? Ou bien, plus sûrement, mes finances d’étudiant crevard me firent-elles éviter sans même y songer friandise si coûteuse ? Toujours est-il que je ne découvris le charme du cannelé qu’un peu plus tard et que, dans mes souvenirs, c’est une viennoiserie bien plus ordinaire — non pas cette chocolatine dont je découvris avec ébahissement que ces sauvages de Lyonnais la nommaient « pain au chocolat » —, juste le pain au raisin, vous savez, cet escargot, qui fit durant trois années mon alimentation principale et dont pourtant je ne me suis pas écœuré, une dame dans le hall minable de l’IUT en vendait d’énormes pour vil prix, et ce goût m’est resté, délice encore, souvenir et gourmandise.

#2813

C’est l’heure où la cheminée se détache en rose-doré sur l’azur pâlissant, où ce dernier semble poudreux, où l’ombre monte de sous les buissons, où les arbres murmurent, où une brise caresse, où s’agitent les longs bras du micocoulier, où le figuier frotte ses mains, où la maison s’emplit de pénombre et le grand ciel de clarté.

#2784

Dans ma jeunesse, les films de Jacques Tati passaient à la télé — eh oui. J’ai donc du voir chacun quatre ou cinq fois, et j’en ai conçu un attachement inépuisable à ce grand monsieur. D’où l’hommage que je lui ai rendu dans le deuxième recueil d’Olav & Viat Koulikov, Souvenirs d’un détective à vapeur (aux Saisons de l’étrange). D’où aussi, je le notais sur mon blog à l’été 2002, « Et comment ne pas craquer, lorsqu’on est comme moi un « fou de villes », devant le portrait à la fois léger et profond d’une bien belle nuit blanche en ville… Tati fut-il une des influences décisives qui firent de moi le « flâneur urbain » que je suis devenu? Peut-être. Sans doute. » Et un ami me fit un jour de 2004 le plus beau des cadeaux : il m’amena par surprise le long de la côte vers Saint-Nazaire, jusqu’à… Saint-Marc-sur-Mer — la plage des Vacances de monsieur Hulot ! Avec l’Hôtel de la plage, absolument inchangé depuis l’époque, et une petite statue de Tati…

#2761

Me trouvant de nouveau en pleines lectures de Simenon, dans une nouvelle à Deauville où tous les messieurs du beau monde portent un chapeau melon (gris, c’est plus chic), et venant de taper au propre le début d’une mienne nouvelle, où la police porte aussi le melon (noir), il me revient en mémoire ma légère déception, lorsque je faisais mes premières excursions à Londres, au début des années 80, de réaliser que le chapeau melon était désormais tout à fait passé de mode, même à la City — je n’ai le souvenir que d’y avoir vu une unique fois un banquier portant melon.