#384

Les mains d’Annick

Je pense parfois à Annick. En particulier lorsque l’on me parle d’âge, comme maman le fit dimanche dernier.

Je connaissais peu Annick, simple relation du milieu SF mais sur un mode très amical, chaleureux, quasiment maternel. La dernière fois que je l’ai vue, c’était au resto, quelque part dans une nuit parisienne après un événement qu’elle avait organisé & auquel elle m’avait invité. Gilou & moi venions de nous faire traiter de gamins par Dantec, nous pouffions de conserve, des mains tendres virent se poser sur mes épaules. Je n’eus pas besoin de me retourner, je sus qu’il s’agissait d’Annick. Je posai simplement ma main droite sur mon épaule gauche — & j’eus soudain la révélation de l’âge d’Annick. Cette femme si dynamique, si énergique, possédais des mains à la rugosité incroyable. Je posais mon autre main sur la sienne, croisant mes bras sur ma poitrine. À la fois rudes & douces, ses mains. Comme un cuir très ridé, très vieux & très usé — l’image me vint de la peau d’une tortue. Je rejetai ma tête légèrement en arrière, pour sourire à Annick. Autour de nous riaient les invités, ambiance à la fois chic & relaxée, littéraire & conviviale, baignant dans une chaude lumière alors que de l’autre côté de la vitrine la rue brillait d’une pluie nocturne. Annick avait une broutille à me confier, je l’accompagnai près du comptoir.

Quelques jours plus tard, Annick succombait à une crise cardiaque et j’apprenais son âge. 70 ans? Était-ce possible? J’ai toujours été mauvais pour évaluer l’âge des gens.

Cet instant d’une soirée & le toucher de ses mains demeurent toujours dans mon souvenir.

#383

Allez, une petite dernière: je viens de débuter sur mon autre blog, Volage, la mise en ligne d’une troisième & peut-être dernière nouvelle pour cette expérience.

Je ne crois pas très aboutie ladite expérience, aucun retour, aucune réaction, il faut croire que la fiction en ligne n’est pas quelque chose de très captivant et/ou la forme feuilletonnesque pas bien adaptée, mais toujours est-il que j’ai la faiblesse de trouver cette mienne nouvelle agréable & avais donc envie de la proposer…

#382

Lectures du moment: Écrits, entretiens et lettres sur l’art, une compilation des rares textes d’Auguste Renoir (largement complétée par une sélection de correspondance). Très plaisant & souvent amusant.

Bay Area Figurative Art, 1950-1965 de Caroline A. Jones — un cadeau ô combien bienvenu d’un mien ami. Passionnant: comment à partir du (à l’époque) très à la mode « expressionisme abstrait » (le premier mouvement pictural authentiquement américain) certains artistes san-franciscains (David Park, Richard Diebenkorn, etc) revinrent à l’art figuratif, et en l’occurence à une approche similaire à l’expressionisme & au fauvisme. Tout comme m’avait fasciné le parcours effectué par Mondrian du figuratif à l’abstrait (dans un catalogue de la Réunion des Musées Nationaux), la trajectoire inverse s’avère extrêmement instructive.

Un bel & grand album pour la jeunesse, chez Milan: Le Grand arbre par Rémi Courgeon. J’ai déjà dit de nombreuses fois (& notamment dans les pages de la revue Faeries) combien me séduit l’art hybride de l’album illustré pour la jeunesse. Hybride: immense liberté du dessin & importance du texte, les deux en relation inséparable. Courgeon livre ici une jolie fable sur la capitalisme, servie par une recherche graphique retrouvant le charme des aplats des albums sérigraphiés d’autrefois: un peu à la manière d’un Dr Seuss, par exemple. Cette technique quelque peu « rétro » confère une qualité intemporelle à cet adorable album. I like that.

#381

Lire, explorer, découvrir: The Infinite Matrix, un formidable e-zine SF abritant non seulement le toujours très amusant Ansible de Dave Langford & le weblog de Bruce Sterling, mais aussi des tas de nouvelles, d’expériences webs inédites (comme le faux blog de Terry Bisson)… Bref, un projet passionnant & foisonnant.

& en parlant de web: les bloggers ont un nouveau beau-père. Ben oui: maman Pyra (la maison-mère du logiciel Blogspot qui nous gère & héberge) s’est mariée avec papa Google.

#380

La rançon du succès? Disons plutôt sa récompense: les fées sont à la mode, c’est indubitable, mes deux bouquins (la Cartographie du merveilleux & le Dictionnaire féerique) me rapportent donc ces temps-ci ce qui sera peut-être my very own « quart d’heure de célébrité »: des tas d’invitations à des festivals, colloques, ateliers, etc. Au rang desquelles un passage sur France Culture samedi prochain (le 22), à l’émission « Mauvais Genres ». Angelier m’avait déjà lancé une invitation lors de la sortie de la Cartographie, mais mon job de libraire m’avait empêché d’y répondre positivement. Cette fois c’est bon, j’y vais. Ce doit être de 20h30 à 22h, quelque chose comme ça.