#2373

Régulièrement me prend l’envie d’entamer une série de lectures thématiques — mais rarement je ne m’y tiens, bifurquant presque à chaque fois, par exemple pour une lecture « obligée » pour des raisons professionnelles (ce qui peut bien entendu être extrêmement agréable, comme ces derniers jours le roman Le Clairvoyage d’Anne Fakhouri), ou bien déraillant sur une autre piste, une autre envie — comme ce week-end encore avec rien moins que trois polars de Léon Groc à la suite (cet auteur était vraiment fort et je prépare, avec mon amie Christine Luce, deux recueils de la veine policière du cher homme).

Mais bon, bref (je dis souvent « bref »), malgré tout je poursuis ma lecture des minces volumes du coffret Penguin Lines, consacrés à chacune des lignes du métro de Londres. Earthbound de Paul Morley est un absolu délice, un de ces essais aux méandres et apartés menés par une intelligence brillante. Ça parle de la ligne marron, la Bakerloo, et du passé de journaliste musical de l’auteur, et de la musique, donc, de John Peel, de Can, de Stokhausen… Allez, au suivant : Heads and Straights de Lucy Wadham. Qui curieusement serait censé concerner la Circle Line… mais ne parle absolument pas du métro, et seulement du quartier de Chelsea, qui se caractérise pourtant par sa quasi absence de stations du métro. Pour autant, je ne me suis nullement senti volé, car la manière à la fois grave et légère qu’à l’auteur de raconter sa jeunesse m’a semblé remarquable, elle a une voix, un humour, une tendresse… Wow ! Et beaucoup de modestie, aussi : en fait d’autobio, elle évoque surtout sa grand-mère, ses parents, ses nombreuses sœurs, quelques oncles, et fort peu sa propre petite personne. Jeunesses des Sixties, et toujours ces questions de classe sociale, qui comptent tellement en Angleterre. De très belles tranches de vie, que je suis heureux d’avoir découvert — et du coup, bifurcation : ça m’a donné envie de lire la première autobio de Christopher Fowler, Paperboy, sur sa jeunesse de lecteur obsessif.

Je l’avais achetée il y a un petit moment, le temps est venu de m’y plonger. Et c’est drôle, tellement drôle ! Pourtant, il n’est vraiment pas tendre avec ses parents, Chris Fowler, et avec ses grand-parents encore moins. Narquois, sarcastique, tout en conservant pourtant aussi la vision de l’enfant, innocent, tout le temps en perplexité devant le monde étrange des adultes. Sixties encore, l’étrangeté de ce passé anglais dont je connais mal les références (c’est tout l’exotisme de cette culture à la fois proche et différente : ce passé est littéralement un autre pays), corsé de notes toujours amusantes et débité à une cadence aussi étonnante que la précision des souvenirs ainsi exposés.

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