#6305

La peau reptilienne et bleutée de la Garonne, fripée, tirée à hue et à dia par des courants contradictoires, servit de toile de fond pour mes promenades en solo du week-end. Les Chartrons et ses antiquaires, les Quiconces et ses bateleurs, Saint-Michel et ses brocanteurs, et les quais, les quais, calmes sous la brise ridant la soupe de jade du fleuve.

#6302

Entendu au marché ce matin, mœurs carnivores :
(le marchand de légumes) « … délicieux, c’est une recette de mon arrière-grand-mère… »
(la cliente) « ah oui, mais alors, pour attraper des écureuils, c’est pas facile… »
(le marchand) « … pensez, c’est pas moi qui le fait ! »

#6293

Longue promenade post tempestaire avec une amie, afin d’aller voir comment se porte la Garonne : déjà fortement redescendue mais de mauvais poil, elle grondait comme un océan, avec un courant brutal et des tumultes maritimes. Rentrés en allant admirer la flèche Saint-Michel presque entièrement dégagée, dorée sous le soleil de fin de jour.

#6288

Un vide : presque chaque mercredi, lorsque je pars me promener avec un ami, j’emprunte la rue Jules-Verne et ne peux m’empêcher d’avoir en passant un regard toujours surpris et admiratif pour cet espace, là, au creux entre les deux pentes. Un vide dans la ville, cerné d’habitations. Un beau terrain vert — une pancarte y annonçait fut un temps des travaux qui fort heureusement ne se sont pas concrétisés : zone inondable, ce creux est le passage d’un ruisseau. Dans une zone urbaine, à un pas de la route de Toulouse où poussent des barres hideuses, ce vide est un événement. Tout comme le silence complet de cette nuit, ce calme immense après le chambard, le fracas, le pandémonium des deux nuits de tempête.

#6287

Bordeaux polar, brûlant électrique dans la nuit brouillée de bruine. Bordeaux tempête, emplie des sifflements, ronflements et chocs du vent. Cadavres de poubelles dans les rues, étalées au sol ou encore titubantes. L’ample oscillation des lampes urbaines qui brasse les ombres. Froissements de taule, heurts de barrières, claquements de portes, tintements de verre, bris de branches, houles de bâches et scooters renversés. Le galop des arbres de la caserne. Un flot d’air qui bouscule et qui arrache la nuit ocre et mouvante.