#2732

Après une mauvaise nuit peuplée de cauchemars confus et de chats ronronnant, j’avais titubé hors de mon lit en me jurant qu’aujourd’hui il ne serait pas question de se rendre à la brocante. Et puis j’ai ouvert les volets sur le soleil d’or et le bleu frémissant d’un dimanche au bord de la froidure hivernale et, comme machinalement, je suis sorti, mes pas allégés par le poudroiement de la lumière. Et brocante ce fut donc, plutôt orientée « cape et épée » avec quelques jolis Paul Féval et Amédée Achard, et puis ce recueil de six nouvelles policières de Jean Giono que j’espérais dénicher depuis longtemps. Lent retour, les rails du tram brillaient sur les quais silencieux, les feuilles mortes craquaient sur les trottoirs, et fourbu je regagnai mes pénates. Une journée à écouter du Joni Mitchell sans bouger du fauteuil orange contre la fenêtre du jardin, en sirotant un thé fumé.

#2719

Lorsqu’il ne pleut point et que je ne suis pas en déplacement çà ou là, j’aime bien venir en matinée du dimanche flâner à la brocante Saint-Michel et au marché des Capucins, je ne m’en lasse pas, chiner deux-trois bouquins, choisir des légumes et quelques fromages, entendre parler bordeluche, arabe, espagnol, portugais, anglais et même allemand ce matin, entre les vieilles façades crayeuses et sous la flèche, le désordre populaire, saint-Mich et les Capu, l’accordéon d’un vieux Beur et les gens aux terrasses de bistrots, sous le ciel ample.

#2718

Quand je suis arrivé à Bordeaux, il y a bientôt 5 ans, j’ai suggéré à différents copains et copines que l’on dîne ensemble une fois par mois, et on a fini par appeler ça le « Club de l’Hydre », en hommage au meilleur d’entre nous (celui qui a le plus de bouquins !). Hier soir, on a changé de crèmerie, passant de la librairie généraliste (avec bar) qui nous supportait depuis longtemps à une librairie de bédé (avec bar aussi) qui a la folie de nous accueillir désormais. Et c’était bien, chouette soirée. Voilà, c’est tout.

#2716

En route pour un vide-grenier, destination-prétexte.  Esquivant les boulevards, je passe par les artères molles de Pessac, un énorme figuier déborde du sommet d’un mur et lui répond de l’autre côté de la petite rue le débordement d’un olivier, couvert de fruits encore verts. Non loin de là, un pied de courge se tortille en larges boucles sur le trottoir. Au tournant de la rue Armand Fallières, les maisons basses s’abritent sous une double rangée de platanes pas bien hauts non plus, le quartier somnole comme dans le souvenir de cette troisième République. À l’extrémité d’une impasse, une passerelle arrondi son dos au-dessus de la voie ferrée, marches usées et treillis métallique, de là la ville dévoile son envers, des jupons fait de toits en taule, de briques sales et de jardinets en désordre. Que l’on passe l’image en noir et blanc et c’est le passé qui surgit.