Curieux, ce brouillard sur la ville encore ce matin. Au bord du boulevard, sous ce ciel d’un gris perle uniforme, les bacs du poissonnier n’en paraissent que d’un multicolore encore plus acidulé.
Archives de catégorie : Bx
#2316
Animaux. Avant-hier matin, les vitres des porte-fenêtres du salon et de la cuisine étaient couvertes de minuscules escargots nouveau-nés. Les soirs, il passe dans le ciel des vols de grues, dont les appels nasillards résonnent dans la nuit. Ce matin, un grand chat roux et blanc glissait sur le faîte du haut mur au-dessus du jardin, à l’inquiétude de la petite Mandou. Laquelle continue de rapporter des lézards, que je dois tirer de ses griffes inattentives. Notre environnement sonore s’est enrichi d’un rouge-gorge, au chant pointu, vibrant.
#2313
#2312
Ce fut un week-end assez « brassant », un roller-coaster émotionnel ayant débuté par la soirée de lancement du Panorama dans une librairie bordelaise (présentation et signature, en compagnie de mes camarades de jeu Nicolas Labarre et Patrick Marcel — photo ci-dessous par Nathalie Mège) et… eh bien, disons qu’il s’est finalement achevé dans la beauté des hauteurs nocturnes, par un concert de Snarky Puppy, groupe de jazz-rock fusion réjouissant d’énergie et de fun.
Je sors peu le soir et demeure donc émerveillé, non blasé, par les feux du Bordeaux nocturne. La flamme gothique de Saint-Michel, les quais qui pulsent d’une lumière dorée, les mascarons grimaçant sous les lanternes, les tramways glissant comme de sombres obus, au-dessus des toits la courbe blanche de la grande roue et les étincelles multicolores de la foire aux Quinconques. Me suis dit qu’il faudrait que je trouve l’occasion, un jour, de monter sur la grande roue. Je l’avais fait il y a trente ans, était-ce avec Charlotte ou bien avec Emmanuelle ? Je le referai bien, plutôt avec un garçon, soupira-t-il avec un romantisme un peu narquois, mais dans l’immédiat je me contente d’admirer de loin ces échardes lumineuses de la fête foraine.
#2306
Ces derniers jours j’étais patraque, rien de grave, juste une petite crise de mon problème de digestion chronique — peut-être avais-je consommé du glutamate sans le savoir, enfin bref. Ce matin, après pourtant une nuit passablement blanche, je me suis levé étonnamment gaillard. J’ai donc décidé d’aller me promener un peu, en tentant une idée que j’avais eu. C’est fou ce qu’un simple billet de bus peut vous conduire loin. Car voyez-vous, la marche à pieds c’est bien, le vélo c‘est chouette, mais je ne peux explorer aussi loin que je le voudrais mon environnement bordelais, tout de même.
J’ai donc rejoins le bus 91, sur l’autre rive, et l’ai pris… jusqu’à son terminus, à Ambès. Le but étant de voir comment c’est, tout au long du fleuve… Et je ne suis pas déçu : intéressant de voir comment la ville cède vite la place à un long balbutiement entre ruralité et industrie, ici les ziggourats d’engrais et de pétrole, ici les prés et les blés, quelques villages et beaucoup d’espace naturel, tandis que l’eau enfle, s’élargit, ample Garonne qui descend vers sa confluence avec la Dordogne. Çà et là des panneaux rappellent le contexte fluvial, « Cale de mise à l’eau », « Voilerie de l’estuaire », « douane pétrolière »… Toute la rive se piquette de cabanes perchées, sauf dans les zones véritablement portuaires, où j’ai vu un beau tanker orange vif amarré auprès des hauts zigzags de passerelles en ferraille et des grandes grues. Après un curieux cimetière de caveaux pyramidaux alignés en rangs serrés, le terminus s’avère une déception, Ambès n’est qu’une bête banlieue sans âme, les pavillons alignés comme les tombes précédentes, aussi vivants. Une banlieue de rien, l’extrémité de cette terre n’est que zone industrielle. Et le bus 92 ne coïncide pas, j’espérais rentrer par le bord de l’autre fleuve, tant pis, je fis le retour comme j’étais venu, voyant d’autres choses, observant les yeux bien ouverts ces paysages du lointain bordelais, à la fois anodins et poétiques.


