#2552

Ce petit séjour en Touraine m’aura permis de me rendre compte à quel point je me sens… réconcilié ? complet ? Je ne sais comment le dire, mais du temps de Lyon partir de cette campagne familière était une cassure, une rupture : regagner la grande ville sèche, le trop de monde, l’enfermement d’un appartement. Alors qu’il s’agit maintenant d’un même mouvement, le glissement naturel d’un lieu où l’on respire à un autre lieu de respiration, du même versant du pays, du même confort.

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#2549

Ce matin, alors que je sortais de l’antre de perdition par excellence, la librairie M. (mon dealer), je m’apprêtais à traverser la place Gambetta lorsque mon regard fut attiré par une curieuse statue — oups, mais non, sapristi! Il s’agissait bel et bien d’un véritable héron, et immense, le volatile, très beau avec ses ailes grises et son jabot blanc. Au milieu du trafic, en plein centre de la ville, avec les bus et les voitures partout, et les piétons, tranquille le grand animal se tenait dans la petite mare centrale, observant avec une sérénité statuaire l’agitation humaine. Un instant il déploya sa considérable voilure, juste pour sauter sur un petit rocher puis, de nouveau figé, rester là comme un îlot de stabilité au milieu de brouhaha urbain.IMG_2495

#2547

Il fait tellement doux, en ce moment, que le matin je m’assoie dans la chaise longue, au dehors, et que je lis au soleil. Bonheur simple, partagé par les trois chattes qui gambadent alors autour de moi, se roulent sur la terrasse, mangent de l’herbe, frémissent du museau… Pour ma part, ne sachant guère frémir du museau je tend simplement l’oreille, tâche d’écouter un peu le calme de la ville, la rumeur du boulevard comme un souvenir d’océan, un train qui passe, les oiseaux, un tintement, un aboiement, un coq, une cloche, un pigeon… Toute cette tranquillité depuis un minuscule bout de jardin au fond d’une impasse. Pas grand-chose à demander de plus.

#2542

Souventes fois, j’attends le bus ici, au pied de la jolie caserne de pompiers sixties sur l’autre rive, face à la flèche de Saint-Michel, et à chaque reprise ce panorama me fascine, la Garonne immense, le clocher pointu, l’alignement des façades…

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#2541

De l’autre côté de la fenêtre, les têtes blanches et roses des azalées oscillent dans le vent, les branches du bambou battent comme des bras et le mimosa hoche de toutes ses minuscules fleurs jaunes. Bordeaux pour moi a un goût d’enfance. Le mimosa demeure attaché dans mon souvenir à ceux qui, grands bosquets, tenaient la garde auprès du puits, à la Devinière, la maison familiale en Bretagne (celle qui se trouve en photo sur mon bandeau). Sur le marché, je peux acheter des Sainte-Maure, buches de fromage de chèvre à la tourangelle, comme l’on en mange chez mes parents. Sur le marché également, de l’autre côté de la barrière de Bègles chaque mercredi, s’installe la marchande d’une boucherie chevaline. Une telle boutique se tenait voisine de celle de mon grand-père, pour moi la viande de cheval est la meilleure. Et désormais, je peux donc inscrire les délices du steak haché cru et du saucisson fumé de cheval à mon menu, dans mon quotidien. Les voix, aussi : monsieur Mollat parle avec l’accent de mon parrain, ma propriétaire avec celui d’une cousine de mon père. Adulte, je suis en pays de jeunesse.